Qu’est-ce qui retient l’année 2006 d’aller plus vite. Déjà 44 jours que 2005 est finie, et nous avons encore à 35 semaines à parcourir jusqu’à 2007. Manifestement, 2006 est une année timide, qui avance presque à reculons, comme ces armées qui battent en retraite sans perdre un pouce de terrain.

De lents demains

Preuve supplémentaire de la mauvaise volonté qu’elle met à progresser, ses jours ne cessent de s’allonger, augmentant d’autant le temps à parcourir pour arriver au lendemain. A tel point qu’il faut parler de lents demains. Vous me direz, lendemain, jour de vilains. Depuis le début de l’année, dés le point du jour né, la journée commence souvent mal. Nucléaire iranien, foules mahométantes excitées face à l’iconoclastie, outrages d’Outreau... Pas un de ces jours qui ne voie une mauvaise nouvelle séjourner dans son actualité. Le sale de ces jours se répand dans toutes les pièces de la maison semaine. Et ces émois remplissent le mois et demi sur lequel repose 2006. A cause de cette ambiance pimentée, la note est déjà salée, ce qui laisse supposer que l’année en cours sera 2006 odyssée de l’épice.

Chien Chow

Pour les chinois, nous sommes dans l’année du chien, et à cette occasion, comme à l’accoutumée, nous avons droit au spectacle du nouvel an chinois, un chien show en l’occurrence. Mais sur les terres occidentales vierges de toute emprise canine, propos incisif mais sans mot en l’air, tout se passe comme si nous étions dans l’année de la limace, mollusque gastéropode qui se déplace aussi vite que le porte-avions Clémenceau sur sa route des Indes, à savoir comme un bâtiment construit dans les chantiers navals de Dijon, ateliers spécialisés dans la construction de navires de transport inutilisables connus comme ex-cargos de Bourgogne. 2006 chemine dans des conditions similaires avec comme seul horizon une ligne continue d’incertitudes. Perdu dans un monde hostile, l’an nu erre, sans pouvoir passer un coup de fil à une quelconque Ariane qui le sortirait du labyrinthe.

La marche de l’an peureux

Quelles qu’en soient les raisons, nous ne pouvons que constater que 2006 zigzague, chaloupe, trentaille, avance à contrecœur et à contre-courant, du pas lent et lascif du Légionnaire étranger. Les commentateurs avisés voient déjà ces 365 jours comme une période perdante, l’an qui loose (de l’anglais looser) disent-ils. Toujours est-il qu’à l’opposé d’une marche nuptiale et enjouée, sans tomber dans une marche funèbre bien que funanbulistique, 2006 avance d’une marche forcée, chacun de ses jours naissant aux forceps, comme effrayé devant l’avenir dont il pourrait être porteur, telle l’aurore tragique qui a dans ses entrailles le crépuscule du grand soir. Loin de pratiquer la galopante équitation des cavaliers de l’apocalypse censés annoncer Armageddon ou la chevauchée fantastique des Walkyries vers Ragnarök puis le Gotterdammerung, c’est une année à l’allure hésitante, qui à l’instar de Jacques, chancelle et évoque immanquablement ces culs-de-jatte des bras que sont les manchots sur leur banquise.

Oui en vérité, la progression de 2006, c’est la marche de l’an peureux.