La nuit du 10 au 11 novembre a été chaude à Pelouse (48000), village de la commune de Mende, sur la N88.

Tout commence par la virée d’un groupe de 5 ramasseurs de champignons, venant en toute illégalité d’un département voisin que nous ne nommerons pas, montant en altitude pour récolter indûment les derniers grisets et canaris (Tricholoma Equestre). En quelques heures, le commando, aux membres bien armés de canifs aiguisés et organisés en tirailleurs alisièriens (position en ligne des ramasseurs à partir de la lisière d’un bois), parvient à récolter plusieurs kilos de pieds et chapeaux. Jusqu’au moment où l’un de ces pandores mycologiques tombe nez à lamelles avec un canari, sur le chapeau duquel est fiché un panonceau portant l’inscription : danger, grippe aviaire. Stupéfaction, inquiétude puis panique se succèdent dans l’esprit des ramasseurs. D’autant que pour pénétrer dans le bois, théâtre de leur rapine, ils avaient franchi d’une part une haie de barbelés, mais aussi un cordon sanitaire symbolisé d’une bande plastique jaune fluo, frappée d’un mystérieux et angoissant : « H5N1 zone infestée » et d’un visage stylisé encapuchonné d’un masque à gaz et d’une tenue NBC [1] de la dernière mode.

Manque d’obole

N’écoutant que son courage dedans et sa peur dehors, le commando remballe immédiatement ses clics, ses clacs et numérote ses abattis, avant de se précipiter ventre à terre et boyaux au sol à la mairie du village, espérant y trouver réconfort, explications et surtout vaccination. Manque d’obole, l’administré pelousien étant rare et peu fortuné, il est difficile à la commune d’avoir une large période d’ouverture pour sa mairie, c’est un moment ou la préposée au secrétariat municipal n’est pas en service.

Parant au plus pressé, le commando décide de se rendre dans la pharmacie la plus proche, pour une administration de tamiflu qui dissipera le flou dans lequel il se trouve. Chez l’apothicaire, le chef de bande expose les faits de manière claire et éloquente comme seuls les chefs savent le faire. La face du pharmacien se décline alors, sur un mode expressif et coloré, de l’incrédulité la plus totale jusqu’à l’hilarité la plus explosive. Il explique alors aux naïfs chercheurs qu’ils ont été (qu’ils ont tété aussi soit-dit en passant, force flacons d’un beaujolais nouveau vieux de 3 ans) victimes d’une habile mesure de protection destinée à éloigner les prédateurs et les cents-paniers [2].

Furieux, le commando n’entend ni les cris sourds du canari qu’on enchaîne - ni en rester là. Il veut sa vengeance. La troupe remonte alors dans ses véhicules et retourne à Pelouse. Le drame démarre à cet instant quand, arrivés sur la place du village, les malappris commencent à uriner contre le monument aux morts, décoré de drapeaux français reconnaissables à leurs trois couleurs primaires, qui porte les noms des enfants de la patrie gabale morts au cours des différentes guerres menées contre ou par la France. Devant ce crime de lèse-mémoire aussi lâche qu’odieux, Gustave Maurin dit « Gustou », alors occupé à prélever de son jardin quelques poireaux destinés à la réchauffante soupe vespérale, se précipite bêche en main, dans le but évident et glorieux de corriger les malotrus, exhibitionnistes de surcroît de leur vague excroissance pénienne.

La horde sauvage

Le combat prend forme. Sans céder un pouce de terrain, le valeureux Gustave opère un recul stratégique vers les habitations pour y chercher du renfort. Alertés par le bruit des coups qui pleuvent, plusieurs personnes accourent et emmêlent de pains sceaux et salvateurs les corps mous et gras des assaillants profanateurs, marquant les arcades des sots d’une infamie tamponnée au poing levé. La victoire enchantant, ils ouvrent les barrières du pré communal et y poussent peu à peu la horde sauvage qu’ils espèrent enliser dans le lisier. Ne reculant devant aucune fourberie et au mépris de toutes les lois de la guerre, l’un des Huns de pacotille décroche son téléphone portable et demande du secours auprès des autorités en composant le 112. Dans la demi-heure qui suit, un imposant dispositif policier investit Pelouse.

La topographie des lieux impose aux forces de l’ordre le déploiement d’un dispositif lourd. Il faut en effet tenir le pont Gerber et la rue principale dont les deux issues s’ouvrent l’une vers la N88, l’autre vers des pistes peu praticables montant vers le lac de Charpal. La plus proche compagnie de CRS n’étant pas disponible, police et gendarmerie nationale coordonnent leurs efforts. Un véhicule Estafette Renault millésime 1978 est stationné en travers du pont, alors que l’extrémité supérieure de la rue principale et unique- est obstruée par une Méhari 4X4 Dangel. Se sentant cernés, les pugilistes, dont on ne discerne plus les bons des mauvais car tous uniformément couverts de boue, incendient alors un véhicule agricole abandonné, démuni de tout sauf des pneus arrières, provoquant un brasier qui lance au cœur de la nuit tombante des flammes pures et légères et une fumée épaisse et caoutchoutée. Le feu, concept volatil s’il en est, a la mauvaise idée de se propager à une grange toute proche remplie de foin, ce qui nécessité l’intervention de la brigade de sapeurs-pompiers de Châteauneuf-de-Randon. Pendant ce temps, la bataille se poursuit. Réfugiés dans un cellier, les rebelles villageois et les voyous allogènes toujours mélangés, bombardent les poulets de patates et de pommes reinettes, le tout agrémenté de quelques oignons pour la farce. Devant l’ampleur du conflit, c’est finalement le préfet qui ordonnera, après de longues heures d’échauffourées à l’issue incertaine, l’utilisation de lances à incendie contre les mutins. Le premier effet est de nettoyer considérablement les protagonistes et de permettre leur identification. Le second effet est de doucher les humeurs belliqueuses. Ainsi karchérisées, les mauvaises intentions vont pouvoir être mises au frais en cellule.

6 blessés légers

La Lozère se réveille avec des bleus à l’âme, et les uniformes bleus avec des coups partout. Le jour se lève sur un spectacle dantesque. Une épave de tracteur et la carcasse d’une grange fument encore. Les véhicules de la force publique ont été déformés par des milliers d’impacts végétaux. Les pompiers dénombrent environ 6 blessés légers pour un affrontement qui au plus fort des événements a réuni pas moins de 21 personnes.

"La banlieue de Mende a brûlé" titra le jour suivant le quotidien régional. Les sociologues pointèrent plus tard plusieurs causes. L’aménagement de voies de communications permettant aux riverains du département, notamment les pillards d’Outre-Cévennes, des incursions plus faciles, la provocation que constitue la commémoration par la France de l’utilisation des Lozériens comme chair à canons, l’absence de mixité syndicale à Pelouse où seule la FNSEA est représentée, les razzias périodiques menées contre le patrimoine sylvestre du Gévaudan, le passage à l’heure d’hiver ou la pleine lune ... Mais surtout, surtout, ils pointèrent d’un doigt accusateur l’ignorance crasse et brute de ces ramasseurs de champignons, qui ne savaient pas que la grippe aviaire ne peut s’attraper que par l’ingestion de champignons avariés, d’où son nom, et en aucun cas par des champignons frais.

Le manque d’éducation, de connaissances et la misère intellectuelle sont les fléaux qui, avec la pauvreté d’esprit et un engouement coupable uniquement tourné vers la course camarguaise, TF1 et les apéritifs anisés, allument les barils de poudre de vesses-de-loup stockés dans nos campagnes.

Lozérix - Chant à pignon sur rue.

Note pour être exhaustif sur la réputation édifiante du canari (à ne pas confondre avec un édit-fiente de l’Amiral Canaris, chef des services d’espionnage de la Kriegsmarine lors de la IIeme guerre mondiale)

Arrêté du 16 juin 2004 portant suspension d’importation et de mise sur le marché du tricholome équestre et ordonnant son retrait

NOR : ECOC0400035A

Le ministre de la santé et de la protection sociale, le ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, le ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation et le secrétaire d’Etat au budget et à la réforme budgétaire,

Vu le code de la consommation, notamment ses articles L. 221-5 et R. 223-1 Vu le code des douanes, notamment son article 38 ; Vu l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments en date du 13 octobre 2003, Considérant que :
- les données toxicologiques disponibles sur le tricholome équestre et ses apparentés sont à ce jour très fragmentaires ;
- les cas cliniques observés ont été clairement imputés à une consommation excessive de tricholome équestre sans qu’il ait pu être déterminé de dose toxique, cliniquement ou expérimentalement, après une prise unique ou répétée ;
- les données disponibles ne permettent pas de fixer de dose tolérable ; Considérant que le champignon tricholome équestre a provoqué entre 1992 et 2000 douze cas de rhabdomyolise aiguë, dont trois cas mortels, et que ceux-ci résultent d’une consommation répétée et en grande quantité de ce champignon ; Considérant que, sur le plan botanique, il n’existe pas actuellement de consensus pour déterminer si Tricholoma Auratum, Tricholoma Equestre et Tricholoma Flavovirens forment une seule et même espèce ou sont des variétés proches, connues sous le nom de tricholome équestre ; Considérant l’avis de l’AFSSA du 13 octobre 2003 qui recommande que « des mesures soient envisagées pour que ce champignon ne puisse plus être proposé à la consommation sous quelque forme que ce soit » ; Considérant que le tricholome équestre est présent sur le marché à l’état frais ou transformé ; Considérant que le tricholome équestre ne présente pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre dans des conditions normales d’utilisation et qu’il en résulte un danger grave ou immédiat, Arrêtent :

Article 1 L’importation, la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux du tricholome équestre (Tricholoma Auratum, Tricholoma Equestre et Tricholoma Flavovirens) à l’état frais ou réfrigéré, communément appelé « bidaou », « jaunet », « chevalier » ou « canari », sous quelque forme que ce soit, est suspendue pour une durée d’un an à compter de la publication du présent arrêté. A l’importation, les opérateurs concernés devront produire un document attestant l’absence de ce champignon.

Fait à Paris, le 16 juin 2004.

Les ministres concernés.

[1] Nucléaire Bactériologique Chimique

[2] Les Cents-paniers sont les ramasseurs qui exagèrent éhontément en prélevant largement plus que les 5kg par personnes autorisés