Il existe une question récurrente qui, à ma connaissance n’a toujours pas eu la réponse qu’elle mérite, ni d’ailleurs de réponse tout court. De long en large, je garde cette ignorance en travers. Internet, en plus d’être une mine d’information est aussi un nouveau média de communication. Les forums ont beaucoup de succès, et rien que pour la Lozère, j’en connais au moins quatre, aux contenus divers mais fonctionnant en toutes saisons, à la fréquentation variée, où se tiennent autant de discours enflammés de tribuns électroniques que de propos de chambre de dragueurs internautes.

Cette question toujours en suspens, et non pas en suce Pan comme le disait Wendy à Peter et aux enfants perdus dans le pays imaginaire, est : doit-on dire forumeur ou forumiste ? La différence est d’importance, autant que celle qui distingue les fumeurs des fumistes. Je me proposais d’en toucher avant tout un mot à ma sœur, éminent professeur de lettres classiques qui rédigea jadis un mémoire remarqué sur Maciste, le héros grec aux biscotos herculéens. N’en sachant rien, vexée par la révélation de son ignorance sur ce point, elle m’envoya dans les choux-fleur. L’ayant fâchée et mise de mauvaise humeur, elle me traita de facheur, ce qui est moins insupportable que fasciste. Je la remerciais malgré tout par un passage chez le fleuriste, celui qui vend des fleurs, pas l’épéiste adepte du fleuret.

Chemin faisant, mes pensées sur ce problème existentiel (existentiel mon mari ! comme disait Simone de Beauvoir à Jean-Paul Sartre) étaient assaillies de toutes parts par les petits faits qui font notre quotidien, quotidien entendu par la vie de tous les jours, pas par les journaux faits par des journalistes. Passant sous un réverbère, j’aperçois un agent remplaçant une ampoule comme le préconise son emploi de lampeur. Personnage en haut de l’échelle ouvrière mais au bas de l’échelle sociale de son entreprise, en cas de problème il est souvent transformé en lampiste. La journée avance lentement et je me rends compte qu’il me faut un petit en-cas. J’hésite entre un jambon-beurre et un jambonbiste. Je choisis le moins gras pour ne pas transformer mon cœur en kyste et de toutes façons en matière de sandwiche au jambon, la santé recommande d’être unijambiste. Consultant ma montre, je vois la petite aiguille sur le 10 et la grande sur le 12. Est-il à peine 10 heures ou est-ce l’appendicite ? Parant à toute éventualité, je me rends à l’hôpital. Dans la salle d’attente, un enfant autiste me toise de sa hauteur maladive, sous le regard d’une télévision qui diffuse un reportage sur les indécisions de Lance Amstrong et de sa retraite. Trouvera t-il une équipe de recycleurs pour se faire re-cycliste.

Lassé d’attendre et ne constatant aucune douleur abdominale, je raye l’appendicite de ma liste de malheurs, et entre d’un pas décidé dans une brasserie. L’ambiance dans l’estaminet est bizarre, le zinc est occupé par une enfilade de skinheads. Dans le prolongement des enfileurs, au fond de la salle, sous le portrait d’Adolf Hitler un ado flûtiste entonne le Horst Wessel lied. Vaisselle sale en vérité, qui me décide à ne pas m’attarder chez ces farceurs qui me semblent bien farscistes. Je rejoins alors un lieu connu, un troquet bien fréquenté ou lorsque j’entre, mes amis font une haie d’honneur à l’hédoniste que je suis. Un pote de Mende me demande comment c’est passé mon dernier entretien professionnel. Je lui raconte l’entrevue dans le détail. J’ai eu affaire à un entrepreneur qui recrutait par l’intermédiaire d’une boite de chasseur de têtes. Mon interlocuteur était à la recherche de travailleurs doués d’une forte puissance cérébrale, un Q.I.steur comme on dit aujourd’hui. Mais je me suis rapidement rendu compte que ce n’était qu’un cuistre, et j’ai mis fin à l’entrevue. Le murmure de la rumeur qui me dit RMIste va perdurer.

Je décide de quitter la ville et d’aller quérir à la campagne réponse à mes interrogations. Le long du Lot, j’aperçois un altruiste pécheur à la truite. Il a attaché à un orme énorme son moyen de locomotion, un équidé ombrageux et courageux. Son regard équin est illuminé d’une détermination farouche. Il s’agit à l’évidence d’un cheval-pas-peur qu’on ne doit pas confondre avec un cheval papiste, qui est la mule du Pape. La monture du pécheur altruiste est un animal de pure race. Un pur-sang anglo-arabe, à la robe noire comme les visages de la vierge du Puy-en-Velay, d’un mineur cévenol ou d’un ministre sénégalais. La sellerie est de cuir sombre, et seule brille la bouclerie, l’argent du mors, des étriers, des mousquetons et sous une selle espagnole noire elle aussi, un tapis de même couleur s’orne d’un A majuscule inscrit dans un cercle, éclaboussant de son insoumission la rigueur cavalière du quadrupède. A n’en pas douter, l’harnacheur est anarchiste.

Je remarque que le pécheur est assis sur un magnifique tabouret en osier, canné selon une géométrie originale. Je lui demande où il s’est procuré ce siège si particulier. C’est un gitan qui les fabrique me dit-il. Il est le seul à procéder de cette façon, c’est un mec si canneur qu’il est connu dans toute la région. Diable, un mec si canneur me dis-je ! Je ne connaissais jusqu’à cet instant que des mexicanistes, voire des mecs si crâneurs qu’on les aurait volontiers envoyés chez les Jivaros réducteurs de crânes.

A ce stade du jour, loin d’avoir ma réponse, je n’avais qu’un chant de listes de nouveaux doutes. Listes sans lueur et si longues que je ne pourrais pas en faire le tour avant la chandeleur. Finalement ce tour de piste s’achève en tour de peur devant la nouvelle altitude de ma méconnaissance, telle que seul un alpiniste pinailleur pourrait entrevoir le sommet.

J’avais débuté ma journée comme un monarque chercheur au royaume des expressions, je la terminais en empereur un peu triste devant les bris de mots. Et en plus il commence à pleuvoir. Sachant que le faux rhume est le vrai virus d’internet, en bon organiste, je tape au clavier l’extinction de mon ordinateur.

Lozérix - Chevalier sans heurt mais pas sans reprise.