On le sait, la Lozère c’est le nombril du monde. Lozère est d’ailleurs un mot anagramme de le zéro. Le zéro positif, point d’où tout vient et tout commence. En Lozère tout commence il y a bien longtemps.

Des crustacés de tous acabits

De longs taons fossilisés sont d’ailleurs visibles sur certaines falaises calcaires comme au truc du Midi vers Langlade (48000), et des traces de dinosaures serpentent au-dessus de Saint Laurent de Trèves (48400). Bélemnites, ammonites, trilobites et autres crustacés des temps anciens parsèment les marnes bleues de Montialoux aux puechs des Bondons. L’association d’archéologie les « Oueds du Gévaudan » vient de mettre à jour de nombreux gisement de mégabites fossiles dans le lit asséché d’un ruisseau du Sauveterre.

Des concerts d’aurochs

Des mégabites aux mégalithes, nous franchissons allègrement quelques millions d’années pour arriver à l’époque qui nous intéresse. C’est à cet instant, autour de 6000 ans avant notre ère, avec une marge de 10 ans d’erreur, que quelques hères errent sur cette terre-mère, aire du futur Gévaudan où l’air est déjà si bon. Ils n’y sont pas seuls. Alors que les mammouths, les rhinocéros laineux et autres mastodontes à poils longs et aux dents longues sont déjà remontés vers des cieux plus frais, les aurochs eux sont restés. L’aurochs [1], animal rude et solide comme un roc, parfaitement adapté au milieu naturel qui était alors dur et exigeant. Les sols calcaires sont pauvres, les sols granitiques ingrats, à tel point que l’aurochs va développer un squelette idéal, à l’ossature puissante pour survivre dans cet environnement hostile. La race, au fil des millénaires, se forge une grande résistance naturelle. L’animal vit en troupeau, et les hardes d’aurochs mugissantes enveloppent constamment la Lozère d’un concert vibrant de meuglements sourds. Alors que les femelles mugissent sur des rythmes effrénés, les mâles hurlent leurs cris sur des tessitures plus rauques. Afin de parer efficacement aux fortes amplitudes thermiques caractéristiques du lieu et de l’époque, le rustique bovin arbore des robes déclinant les teintes beiges, du clair l’été au roux sombre l’hiver. On peut voir au gré des saisons gambader dans la prairie lozérienne des aurochs café, bruns, fauves ou marrons. Et celui qui domine le troupeau, l’aurochs fort, passe le plus souvent à l’encolure une toison dorée, comme celle que cherchèrent bien plus tard Jason et Les Aurochnautes.

Prédateur et aurochs dateurs

Au temps de l’érection des menhirs, l’aurochs voisine avec l’homme. Celui-ci est un prédateur. Il s’est vite rendu compte que l’aurochs a une chair savoureuse, qu’il peut être domestiqué, donner du lait et de la peau dont il fera vêtements et cuirs. Le cuir est presque une seconde peau pour l’aurocheur. Pour des raisons nourricières, l’homme va donner la chasse à l’aurochs dont il apprécie la viande, en particulier celle des jeunes génisses, les aurochines. Pour de l’aurochine chair, le chasseur gabale du néolithique balancerait tout. Quant au lard d’aurochs, les enfants transforment cette couenne en instruments à corde, alors que les cornes servent d’instruments à vent. A travers les mélodies tirées de ces aurochestres, les musiciens et leurs instruments d’aurochs, enrôlent les fétards d’alors dans des sarabandes virevoltante qui donneront, bien plus tard, la bourrée et le rock du laboureur. Mais cette chasse au bœuf musclé n’est pas sans risque. C’est un exercice ou l’amulette a un grand rôle, elle doit capter l’attention de la bête, pendant que d’autres chasseurs tentent de piquer l’animal à la bosse du cou. Celui qui parvient à tuer la bête gagne parfois le droit de couper l’oreille et la queue.

Les bouts ronds d’Aubrac

On peut admirer quelques peintures rupestres de chasses à l’aurochs sur les parois de quelques grottes lozériennes. L’aurochs de Peyre est l’une des représentations les plus célèbres. Avec l’évolution, l’aurochs se modèlera avant de se fondre avec d’autres races. La race Aubrac est l’une des héritières de ces formidables animaux. La virilité des taureaux d’Aubrac, issu de la puissance de son ancêtre, est légendaire. A tel point que les attributs sexuels de l’animal sont des trésors recherchés pour leur leurs propriétés quasi-magiques. Les hommes apprécient la peau de la verge qu’on nomme aubracmart, au bout rond et vigoureux et qui est censée conférer raideur à la leur. De nos jours, la race d’Aubrac a gardé toute cette noblesse construite sur les millénaires. Il n’est pas rare qu’un mâle soit le gagnant toutes catégories du concours lors du salon de l’agriculture. Le prix de ces taureaux d’Aubrac se chiffrent en briques, même d’euros.

Sainte trinité lozérienne

L’aurochs, lui, s’est éteint sous sa forme primitive. Certains [2] tentent de reconstituer des troupeaux, mais le résultat ne sera jamais à l’image de l’aurochs star de jadis, un de nos pères fondateurs. Car ces trois piliers, une région, un peuple, une vache, étaient l’avant-garde de notre civilisation gabalitaine.

Lozérix - Capitaine ad-hoc d’un haut brick à brac.

[1] Aurochs est un nom invariable, il prend un « s » au pluriel comme au singulier.

[2] A Arzenc de Randon (48170) par exemple.