Le passé de toute ville est lié à son histoire disait Monsieur de La Pallice. A Sommières qui menace chaque année de disparaître sous les eaux du Vidourle on en est peut-être un peu plus conscient qu’ailleurs et une promenade touristique dans la ville médiévale fait éclater les "Oh !" et les "Ah ?" à chaque carrefour.

Ce sont les grands hommes qui font les cités

Attirés par son célèbre marché saturnal [1] nous sommes hier à Sommières, une ville du Languedoc où le niveau de l’eau monte souvent un peu trop, ce qui explique l’attrait des habitants pour les grands hommes. Ici ils sont honorés à chaque carrefour, immortalisés sur les plaques de rues soigneusement entretenues par la municipalité.

Voici par exemple une plaque tout récemment rénovée, mais on a pris soin de préserver l’ancien nom de la voie pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli.

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L’impasse Paradis
Après les inondations de 2002 le conseil municipal a décidé de changer le nom de l’impasse du Paradis noyée sous 2 m d’eau. Par fidélité à l’histoire l’ancienne plaque a été conservée.

Une histoire émouvante

L’impasse du paradis où les bourgeois du début du siècle côtoyaient sans vergogne leurs ouvriers des magnaneries dut son nom aux plaisirs que les hommes allaient cueillir dans ces maisons que l’on appelait "closes", où certains mannequins peu farouches exhibaient les soieries tissées dans les usines proches qui faisaient la richesse de la région. Après les inondations catastrophiques de 2002 la référence au paradis de la Genèse laissa place à la célébration d’une chanteuse locale prénommée Vanessa mais qui par superstition préféra que l’on omette son prénom pour nommer une impasse.

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L’abbé Fabre est l’immémorial félibrige du Sommiérois
Outre "La légende des Siècles" que tout le monde a lu, l’Abbé Fabre fut l’auteur sous certains pseudonymes de nombreux romans à succès comme "Sissi l’Impératrice" ou "Manon des Sources".

L’Abbé Fabre, lui, est plus connu pour les nombreux vers que Lagarde et Michard érigèrent en référence pour des générations d’écoliers. Qui d’entre nous n’a ânonné sur les bancs de sa classe les si célèbres vers de la poésie de l’Abbé "A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles..." magnifique poême dédié à sa maîtresse d’école qui réussit enfin à lui apprendre à lire à l’âge de 12 ans grâce à des crayons de couleur.

" O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices Suspendez votre cours !" cet autre poême qui nous plonge dans la terrible angoisse du temps qui passe fut écrit la veille de l’épreuve du brevet lorsqu’il le présenta pour la 14e fois.

Dans nos cœurs saignent aussi ces terribles vers de terre perdue "Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat..." expression des amers sentiments qu’éprouva l’Abbé lors de sa prise de fonctions à l’église de Pignan, après avoir été écarté de la paroisse Sommiéroise pour d’injustes soupçons de détournement de troncs.

Une mystérieuse identité

Et voici le plus extraordinaire, ce citoyen de Sommières à la personnalité secrète : le Colonel Viala, Voila, ou Villa... [2]. Habilement masquée par un tuyau de descente, la plaque de rue fait honneur à l’un des espions que l’on dit les plus célèbres du 19e siècle. Lui qui le premier mata Arri (ce qui donna plus tard son nom de code à l’espionne à qui il apprit les rudiments de l’amorçage des bombes), initia Beria (qui lui apprit le biélorusse pour le remercier), et rencontra même Trotsky à qui il prêta une hache qu’il ne lui rendit jamais.

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Un étrange Colonel, extraordinaire espion au service de l’Etat
La mystérieuse identité du Colonel Virtoidla couvre des activités très sensibles qui ne permettent pas au maire de dévoiler son véritable état civil.

Après une vie bien remplie à traquer l’opium caché dans des boîtes de crabe il finit ses jours comme gouverneur de la Dalmatie, ou de la Croatie qui lui fut attribuée par le célèbre général Tapioca en remerciement de ses services. Il découvrit le Temple du Soleil où une éclipse fort providentielle le sauva in extremis de ses bourreaux. Il mourut écrasé par un lama.

C’est pour lui que l’Abbé Fabre écrivit d’ailleurs sa plus belle pièce "Ô combien de marins, combien de capitaines..." bien que Vitlevla ne soit à jamais resté que colonel.

[1] Samedi dans la tradition païenne est dédié à Saturne

[2] ou encore Virdela d’après les historiens