L’OMS a récemment fait état de statistiques alarmantes : au delà du cercle polaire la mortalité s’accroît brutalement. Les études menées l’ont confirmé : les habitants des pays septentrionaux se soignent de plus en plus mal.

Le taux de mortalité normalisé [1] des régions en deçà et au delà du cercle polaire montre une dispersion anormale, inexplicable jusqu’à une période récente malgré les nombreuses investigations menées par l’OMS. Dans des pays comme la Suède, la Laponie, la Sibérie ou la Ouigourie septentrionale ou encore chez les populations d’Inuit l’espérance de vie est de 59 ans si l’on habite au delà du cercle polaire, et de 79,615 ans en deçà. Ainsi en Laponie un habitant de Kemi [2] au sud aura une espérance de vie 1,237 fois plus importante que son propre frère habitant Sodankylä [3], à moins de 200 km au nord. Qui plus est cela concerne uniquement les nouveaux arrivants, ceux qui sont venus s’installer après être nés et avoir vécu beaucoup plus au sud. Tout se passe comme s’il y avait un défaut d’adaptation pour certains d’entre nous à la rude vie du grand nord.

Une enquête longue et difficile

C’est donc à une enquête longue et difficile qui s’est avérée d’abord longue, et ensuite difficile que se sont attelés les experts de l’OMS pour tenter de résoudre l’énigme. Dans un premier temps toutes les pistes ont été suivies, sans grand résultat. Jusqu’à ce qu’une analyse plus fine permette, à la lumière des compilations croisées avec l’enquête parallèle d’un consortium pharmaceutique, de se rendre à l’évidence : il y avait un problème certain.

Bien entendu, convaincus d’une problématique émergente les experts n’en sont pas restés là. Poussant l’analyse des statistiques grâce aux plus puissants ordinateurs des centres de contrôles, il ont fini par mettre au jour la vérité : la consommation de médicaments dans deux villes séparées seulement de quelques centaines de kilomètres passait du simple au... cent-cinquante uple. Autrement dit lorsque M. Dupont [4] sujet à de fréquentes migraines prenait 15 comprimés d’Aspirine Usine du Rhône, M. Durand [5] sujet à de non moins fréquentes migraines mais habitant plus au nord en avalait seulement 0,1. Résultat : il souffrait de 150 fois plus de migraines que son corréligionaire.

L’analyse fine des ordonnances

C’est lors d’une analyse délicate des posologies de l’aspirine que le pot aux roses a été découvert. Personne ne s’était rendu compte qu’à 200 km près la journée durait dans un cas 24 h et dans l’autre six mois à cause de la nuit polaire. Si cela n’avait pas d’influence particulière sur certains domaines comme le travail au bureau (Les lapons du nord travaillent 6 mois d’affilée puis se reposent les six mois suivants) cela s’avérait dramatique pour les nouveaux arrivants lors des consultations de la médecine du travail.

Imaginons que le fonctionnaire vous ait délivré une ordonnance avec trois aspirines par jour matin midi et soir pendant 5 jours : en Laponie du Sud vous prendrez donc vos aspirines à raison de 3 par 24 h et en 5 jours le problème sera réglé. En Laponie du Nord, avec une journée de 6 mois vous prendrez un premier comprimé le matin du 21 juin au lever du soleil, un second le 21 septembre pour votre repas du midi, et enfin le dernier avant de vous coucher pour 6 mois le 21 décembre, et ceci pendant 5 ans. Problème : le médicament au bout d’un an aura dépassé sa date de péremption et n’aura plus aucun effet ! Désespérés, les patients finissaient par se suicider.

Les nouvelles posologies : enfin un espoir au bout du tunnel !

Après avoir demandé aux laboratoires de créer des médicaments qui conservent plus longtemps leur pouvoir thérapeutique [6], les autorités sanitaires ont entrepris de former spécifiquement les thérapeutes à de nouvelles posologies. Désormais, au lieu de vous prescrire du Voltarène en trois prises quotidiennes au moment des repas, le praticien porte sur l’ordonnance : à prendre 180 fois par jour mais seulement pendant les premières 72 h de la journée.

Après une période de tâtonnements il semble que les résultats soient au rendez-vous, hormis quelques empoisonnements des autochtones qui dans la plupart des cas ont été efficacement combattus par des lavages d’estomac.

Parions que bientôt les Inuit vont sortir de leur nuit.

[1] Le taux de mortalité normalisé ou TMN correspond aux nombre de décès réels d’une population échantillonnée ramené à l’écart-type pondéré de la différence entre les décès accidentels et le taux de décès par maladie non soignée en fonction des moyens nominaux hospitaliers dans un rayon de 50 km autour du domicile

[2] Un Kemisard

[3] Un Sodankylöis

[4] le nom a volontairement été masqué dans un souci de préservation de l’anonymat

[5] le nom a volontairement été masqué dans un souci de préservation de l’anonymat

[6] Sans grand résultat, les médicaments coûtaient seulement 5 fois plus cher