La Commission parlementaire de Coordination Organisée des Numérotations vient de publier son rapport : à l’approche des vacances il faut soumettre d’urgence au Parlement le projet de loi pour la renumérotation des départements français (PLRDF).

En effet, notre système est vétuste et archaïque - ce dont nous avons somme toute l’habitude - mais il est également incompréhensible pour la plupart des gens - ce à quoi nous sommes également habitués mais ce n’est pas une excuse. Petit exemple de ces dysfonctionnements : personne n’est capable de donner spontanément le nom du département 37 [1] sauf s’il y a personnellement habité ou s’il a des attaches dans l’un de ses voisins (36, 86, 49, 72). Qui plus est, ce système d’où découlent les codes postaux et les plaques d’immatriculation est absolument indigne du pays de Descartes : donner aux départements un numéro correspondant à la place de la première lettre de leur nom dans l’alphabet a quelque chose d’absurde. Surtout lorsque l’on découvre in fine que cet ordre n’est que théorique : l’Essonne porte le numéro 91 alors que sa place alphabétique entre l’Eure et Loire (28) et le Finistère (29) devrait être 28 et demi. La Corse dont les deux départements portent les numéros 2A et 2B devrait se situer entre la Corrèze (19) et la Côte d’Or (21), alors que le numéro 20 est libre sans aucune raison, et que c’est l’Aisne qui porte le numéro 2. Est-ce que le technocrate qui a pondu cet absurde sytème a au moins fait l’ENA ? Personnellement j’en doute.

Promenades françaises

Pour bien comprendre le cœur de ce débat, nous allons tenter de parcourir la France dans le sens croissant des numéros de départements. Ainsi le premier, numéro 1, est l’Ain. Constatons que géographiquement il est pourtant furieusement loin du 2, l’Aisne. Mais si on s’intéresse un tant soit peu à sa limitrophicité, l’Ain ne tient plus la route. Autour de lui on trouve la Haute Savoie (74), la Savoie (73), l’Isère (38), le Rhône (69), la Saône et Loire (71), et le Jura (39). Nous découvrons ainsi qu’en partant du département 1 et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre on visite tour à tour le 74, 73, 38, 69, 71, 39, alors qu’en toute logique on s’attendrait à découvrir les 2, 3, 4, 5, 6, 7. Tout se passe comme si un malheureux facteur en faisant sa tournée habituelle devait déposer son courrier au numéro 1, à côté du 74, du 38 et du 71. Notre brave postier en perdrait son latin - qui est pourtant la langue originelle des PTT, Postus Télégraphus Téléphonus Est (ou Ouest selon le cas).

Je pose donc ici solennellement la question : Est-ce bien raisonnable ? N’y a-t-il pas là une des causes principales de la déprime des Français et du Non à la Constitution Européenne, nos concitoyens ayant quelque part honte de leurs départements ?

Hiérarchie préfectorale : le scandale des numéros

L’histoire ne s’arrête hélas pas là, car tout étranger qui arrive en France se trouve confronté au même désynchronisme départemental. Débarquant à l’aéroport Charles de Gaulle, premier homme d’état français monsieur Smith se précipite naturellement vers la place de l’Etoile, en plein cœur de Paris, première capitale de l’Europe. Et quelle n’est alors pas sa stupeur de découvrir qu’il arpente tout bêtement le 75, si loin derrière la Creuse, l’Eure, ou même l’Orne ? Evidemment, Monsieur Smith demande un remboursement immédiat de son billet et il a raison. La prestigieuse Paris devrait porter le numéro 1 !

Si nous oublions malgré tout ces états d’âmes touristesques qui ne nous concernent pas au premier chef, il convient quand même de se poser la question entre Français : en quoi le préfet de Paris, capitale de la France, mérite-t-il de se retrouver à la 75e place dans la tablée annuelle des préfets du jour de l’an ? Prenons un exemple au hasard : pourquoi l’Allier est-il le 3e département français, alors que Sarkosy n’y a jamais mis les pieds, qu’aucun artiste de la StarAc n’y a sa résidence secondaire, que pas un ministre n’est né à St Pourçain sur Sioule, et que surtout aucun Musée d’Art contemporain ne sera bâti à Montluçon pour exposer la collection privée de vilebrequins d’Ernest-Antoine Sellières ? Il y a là tout bonnement comme un certain parfum de scandale !

Des solutions existent, qu’attend-on pour les appliquer ?

La commission de Coordination Organisée des Numérotations vient de proposer un certain nombre de mesures applicables immédiatement pour que nos départements ne fassent plus pâle figure auprès des fédérations suisses, des états américains ou des Lander allemands. Il ne faut plus avoir honte de nos départements dès lors qu’il portent des noms de bon aloi et des numéros sains et sans reproche. Ainsi lorsqu’on s’aperçoit que l’Ain et l’Un ne font qu’un, pourquoi ne pas appeler Un le premier département ? De même qu’il existe Troyes, qui serait rebaptisée Trois comme son département. Evidemment cette hypothèse ne serait pas réellement satisfaisante, mais convenons qu’elle offre une intéressante piste à exploiter...

Justement, revenons-en à Paris et à son département. Bien évidemment dans la nouvelle numérotation attributive Paris serait l’Un. Autour de lui le Deux remplacerait avantageusement le 92 (Hauts de Seine), le Trois le 93 (Seine St Denis), et le Quatre le 94 (Val de Marne) - remarquons en passant que ces trois noms n’ont absolument aucune signification intéressante. Nous en profiterons pour noter que si les habitants de l’Hérault sont bien des héraultais et ceux de la Lozère des lozériens, il reste difficile de savoir si ceux de l’Ain sont des ainois, des anais, ou plutôt des aînés ? Dans les Hautes Alpes vivent des hauts-alpins, des hauts-alpinois, ou alpinais ? Et dans l’Aube des aubois, dans la Creuse des creusais, dans les Alpes Maritimes des alpes-maritimiens ? Et pourquoi pas de martiens tant qu’on y est ?

En réalité tout cela ne tient pas le choc une seule seconde et réclame une réforme immédiate, pour ne pas dire tout de suite. Pendant que les Coordonateurs en Organisation Numérique Spécialisés se mettent au travail, nous allons proposer, à l’Association RIEN un nouveau découpage administratif qui rendra la France digne d’entrer enfin dans le nouveau millénaire et l’Europe réunis.

[1] Indre et Loire