Avec l’application de la LDP, la Loi sur les Dénominations Péjoratives, on n’imagine pas toujours ce que recouvrent les nouveaux noms de métiers. Si tout le monde sait que les AS (Agents de Surface) ou les AOS (Agents Opérationnels de Surface) désignent maintenant les anciens balayeurs dont la vulgarité de la désignation n’avait pas échappé au législateur, peu de gens imaginent côtoyer régulièrement au sein de nombreux lieux publics - comme les musées ou les aéroports - les ASM et AOSM dont ils ne pourraient certes pas se passer. Enquête sur des métiers mal connus et pourtant plein de richesses...

Mme Ilelonscou est roumaine d’origine. Chef de rang des ASM et AOSM d’Orly Ouest elle a bien voulu recevoir notre reporter dans son univers de travail pour nous brosser la fresque d’un petit métier ignoré. Derrière son imposant bureau de fonction où tintinabullent à chaque seconde des euros sonnants et trébuchants Mme Ilelonscou était occupée à lire la rubrique nécrologique du Monde lorsque nous l’avons surprise sommeillant sur sa page à la fin d’une journée bien remplie.

« Jusqu’à ce que paraissent les décrets d’application de la LDP notre profession ne comportait que des femmes » nous a rappelé Mme Ilelonscou. « Notre métier était à ce point dévalorisé qu’aucun homme n’acceptait de vouer sa vie à ce passionnant métier, fait d’altruisme et de dévouement. Pourtant il bénéficie des généreux revenus procurés par des donations monétaires très libres ! Eh bien inutile de chercher bien loin la raison de cette désaffection : le terme même qui désignait notre activité n’existait pas au masculin, ce qui était à nos yeux une véritable manifestation d’ost-racisme (le racisme de l’ouest NDLR) »

- Et avant la promulgation de la loi, les ASM étaient désignés de quelle manière sur leur fiche de salaire ?
- Dame pipi ! Vous vous rendez compte ! Après ça étonnez-vous de l’intérêt nouveau suscité par le titre d’Agent de Soulagement Mictionnel. Dès la promulgation de la LDP les demandes d’emploi ont afflué comme vous pouvez l’imaginer. Il faut dire aussi que la formation y a été pour beaucoup. Avant, n’importe qui ou presque pouvait exercer ce métier sans rien connaître de la physiologie humaine ou du traitement des relents de surface. Et la qualité du service s’en ressentait, surtout olfactivement.
- Et maintenant ?
- Maintenant il faut un CAP d’Agent Mictionnel une formation validante qui comporte de nombreuses épreuves aussi bien du point de vue théorique pour le conseil à l’entretien des appareils mictionnels des deux sexes que du point de vue pratique avec un nettoyage chronométré de cuvettes et urinoirs, des épreuves de plomberie et de débouchage... Sans compter qu’il existe aujourd’hui la qualification AOSM, Agent Opérationnel de Soulagement Mictionnel. Cette spécialisation forme de manière approfondie ceux qui doivent aider les enfants de moins de deux ans à faire leurs besoins en retenant délicatement leur petit robinet tout en les enjoignant à libérer leur vessie. Quant aux petites filles il faut leur trouver un petit pot adapté, savoir le vider et le rincer, ce qui n’est pas à la portée du premier venu.

Mme Ilelonscou nous a ensuite tracé les perspectives passionnantes de la carrière d’ASM. Les jeunes diplômés frais émoulus de leurs amphis exerçant en début de carrière dans les centres commerciaux, puis évoluant progressivement à mesure qu’ils acquièrent de l’expérience dans les aéroports, les musées de province, les musées nationaux... En fin de carrière les ASM les plus méritants peuvent exercer à l’Assemblée Nationale, puis au Sénat ou même à l’Académie Française où ils procurent leur aide bienveillante aux plus âgés, pour lesquels est requise l’option Parkinson du diplôme et qui ne font plus jamais à côté. Bien entendu ceux qui ont les meilleures dispositions peuvent s’orienter vers l’enseignement, par exemple à la Faculté des Epanchements où l’on forme chaque année plus d’un millier d’ASM dûment diplômés.

- Une bonne partie de la qualification se fait également sur la perception auditive, nous a précisé Mme Ilelonscou. Reconnaître les euros, centimes, décimes, est une chose, mais savoir détecter les yens, les dollars, les roupies - de sansonnet ou pas - est un art subtil mais incontournable. Certains sont même capables de vous donner la marque et l’année de fabrication de boutons de culotte rien qu’au son qu’il font en tournoyant dans une assiette, c’est vous dire ! Vous voyez, notre profession a été considérablement revalorisée : nous avons même été pressentis par TF1 pour créer le concours de premier ASM du monde. Eh bien, monsieur, vous verrez que ça fera une meilleure audience que la Star Academy et ça soulagera en même temps les cerveaux encombrés. Bientôt vous nous admirerez sur votre petit écran. Ce sera extraordinaire !