Cette question est à la fois saugrenue, dérangeante, troublante, malvenue, intéressante, humoristique, inutile, importante, déplacée, malsaine, incontournable, mais surtout, elle est fondamentale.

Le tête dans l’azur

Du côté de ceux qui contribuent à la pérennité de l’idée gabale, qui maintiennent allumée la flamme de l’identité gabalitaine, qui veulent perpétuer l’existence géographique, linguistique, culturelle de la Lozère, pour les identitaires-à-terre qui ont toujours les pieds plantés dans ce matriciel mélange rassurant, gras et odorant de terre agricole et d’engrais naturel, et la tête dans l’azur limpide et cristallin qui tel une cloche à fromage protège notre mère patrie des agressions extérieures, nous répondons sans ambage et sans ambiguïté : oui. Et ce n’est pas une affirmation gratuite, c’est un constat. Gratuit lui aussi d’ailleurs, car il est hors de question de monnayer nos réflexions et arguments, très sensibles que nous sommes à ne pas chatouiller le caractère du montagnard qui a le porte-monnaie délicat et près du cœur.

Considérations extraterrestres

Supérieur, oui donc, mais sur quel plan ? Pas dans un plan sur la comète. Le lozérien est trop terrien du terroir pour étayer ses caractéristiques déjà atterrantes et spartiates de considérations spatiales extraterrestres. Alors d’ou le Lozérien tire t-il cette supériorité ? De la génétique ? A ce jour, rien ne permet de le dire. Tout au plus on peut supposer que les millénaires passés d’une vie rythmée par les impératifs de l’économie rurale, au grand air, avec une nourriture saine et une activité physique intense, ont permis à l’homo-lozerianis de développer une résistance active aux divers microbes, bacilles, virus et de limiter la mortalité induite par la rencontre avec ces agents pathogènes. Ces pures supputations sont démenties par les chiffres connus concernant les épidémies de peste et de grippe espagnole.

Le Lozérien est-il intellectuellement supérieur ? Délicate question qui tient déjà à la nébulosité et la volatilité du concept de l’intellect. Si l’on s’en tient à l’intelligence, qu’en est-il du Lozérien ? Est-il plus, moins ou autant intelligent que les autres ? Comment le mesurer ? On voit vite que la discussion s’avance en terrain mouvant, sur une pente aussi savonneuse qu’un toit de lauzes recouvert de neige gelée. Quant à tenter d’établir une proportion entre la population et le nombre de personnages « illustres », au-delà du peu de rationalité d’une telle méthode, on verra vite qu’elle ne plaidera pas vraiment notre faveur. Et qu’est-ce qu’un personnage illustre ? Un esprit éclairé comme au siècle des lumières ? On connaît de sombres idiots illustres et des personnages ténébreux célèbres. La lueur de l’intelligence éclaire les yeux de parfaits inconnus, alors que d’obscurs abrutis brillent par leur bêtise.

Le Lozérien est-il physiquement supérieur ? Est-il plus grand, plus fort, va t-il plus vite, plus haut, plus loin ? La aussi, force est de constater que la question est difficile à poser et que les réponses sont fatalement indisposées. Si quelques sportifs du cru ont des résultats qui dépassent les limites provinciales, c’est cuit pour la masse des quidams anonymes.

Le Lozérien est-il spirituellement supérieur ? Si on entend, et nous ne sommes pas sourds à cet argument, par spiritualité la proximité de l’âme avec des instances d’inspiration divine, alors on peut avancer, après avoir pris un peu de recul, que quelques Lozériens sont supérieurs : Guillaume de Grimoard par exemple, qui termina sa carrière à Avignon avant d’être statufié à Mende. Et aussi tous ces croyants reliés aux voies de leurs divers panthéons dont ils tiraient une foi qui permis aux précurseurs du néolithique d’ériger les nombreux et pesants mégalithes du Gévaudan, aux celtes d’aménager de nombreuses clairières de culte, aux catholiques de bâtir force chapelles, églises et une cathédrale, et aux protestants de protester, résister et s’imposer face aux oppressions. Une parenthèse : tous ces gens de grande foi n’en ont toutefois pas eu assez pour déplacer les montagnes et rompre cet isolement si décrié par les pourfendeurs de l’enclavement géographique. Néanmoins, il s’agit la d’une supériorité dans les actes, une supériorité du « faire » et non du « être ». Distinction qui a son importance, tant il est vrai qu’à l’âge du « faire », on abat beaucoup d’êtres, avec une délicatesse qui n’est pas sans rappeler l’âge du bronze.

Alors, finalement, d’ou le Lozérien tire t-il cette supériorité ?

Tout bonnement de cette acrobatique figure de sciences politiques qu’est la démocratie électorale. Vous savez ce que je pense de ces subtils artifices nés dans les antiques cités grecques, qui permettent aux colonisateurs parisiens de maintenir leur pouvoir chez nous, soit par l’intermédiaire de personnels locaux subornés, soit par l’imposition d’étrangers, alsacien par exemple pour la législature en cours. N’empêche que, le quotidien Le Monde, dans son édition du 16 février 2005, révèle, dans le cadre d’une étude sur les circonscriptions électorales, que s’il faut 200 000 têtes de veau pour avoir un parlementaire, les 73 509 lozériens ont eux deux députés. Pas de quoi être dépités, pour une fois ! Donc, pour reprendre chiffres et exemples du journal, un (1) électeur lozérien vaut six (6) électeurs du Val d’Oise. Parce que ces derniers sont oisifs ? Non ! car le lozérien est dans ce domaine supérieur, alors que nous sommes des nains démographiques.

Ah la politique, c’est mystère et boules de gnomes.

Ne faisons cependant pas un complexe de cette supériorité qui nous échoie et qui nous est chère, on finirait par nous le reprocher.

Lozérix - Démogratte-cul et cynorhodon parlementaire.