Ailleurs, c’est moins cher, tout le monde le sait. Les transformateurs se fabriquent en Chine, les vêtements en Tunisie et les pièces détachées en Hongrie. Un malin entrepreneur de transports du Languedoc-Roussillon a tenté lui aussi d’exploiter le filon, malheureusement sans toutefois atteindre les résultats escomptés...

Quand les transporteurs délocalisent

Les Nouveaux Autobus Languedociens, entreprise florissante dont le siège social est du côté de Mèze (Hérault) faisaient 80% de leur chiffre d’affaires avec les transports scolaires, déversant chaque matin les joyeux bambins aux portes des écoles de la région. C’est en découvrant une étiquette Polonaise sur le carton des amortisseurs de l’un de ses véhicules que le PDG, Jules Espaminondasse eut l’idée de génie : employer des chauffeurs polonais pour remplacer les siens qui partaient tous à la retraite lui ferait faire de meilleures affaires.

Aussitôt dit, aussitôt fait : il passa quelques annonces pour recruter ses nouveaux chauffeurs du côté de Bydgoszcz et dès la semaine suivante sa flotte partit conquérir les routes entre Plock et Wlocklawec, déposant les enfants avides de savoir à Torun ou Grudziadzde .

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De Mèze à Gdansk...
La délocalisation des transports scolaires en Pologne, une idée séduisante mais difficile à mettre en œuvre tant qu’il n’y aura pas plus d’institutrices françaises délocalisées à Varsovie. Une autre tentative est prévue à Québec prochainement...

Une grande déception

Mais les parents des petits écoliers de Sète ou Pézenas ne tardèrent pas à la trouver mauvaise : certes, les transports étaient moins chers, mais leurs enfants partis le matin de Balaruc ne rentraient qu’en fin de semaine après avoir été à l’école du côté de Varsovie. En rentrant à la maison ils chantaient sans vergogne "Nos ancètres les Polonais", confondaient François 1er et Karol Wojtyla, affirmaient que la Canebière était à Gdansk et la tour Eiffel à Varsovie. Quant aux notes en dictée, quelles dégringolades avec ces mots truffés de w, x y z (Mesz waczanzses a Montczpeliyecsz !). Les garçons et filles des environs de Mèze se mirent à parler polonais à la maison, à appeler leurs parents Pavpawzc et Mayxmancwz. La mesure fut comble lorsqu’on découvrit lors de conseils d’orientation qu’ils voulaient tous devenir plombiers et qu’ils pensaient qu’à l’Elysée la France était dirigée par le Président Jacques Directive-Bolkenstein.

Mauvaise réputation

M. Espaminondasse défendit néanmoins sa cause en faisant miroiter la baisse conséquente des frais de cantine grâce à la parité du Zloty, mais rapidement la bonne idée de ce dynamique entrepreneur fit long feu. Il tenta bien de rapatrier autour de l’Etang de Thau ses chauffeurs étrangers mais la mauvaise réputation des Polonais au pays du vin ne leur réussit pas du tout. A chaque feu rouge ils se faisaient systématiquement arrêter par la gendarmerie pour des alcootests à répétition et n’arrivaient à l’école chaque matin qu’avec plusieurs heures de retard. M. Espaminondasse dut se résoudre à jeter l’éponge et revendit ses autocars à Gdansk où ils servent aujourd’hui à promener les touristes autour du port, avec les visites guidées commentées par les dockers à la retraite dirigés par Lech Walesa.

Comme quoi la délocalisation n’est pas une solution sans risque, il faut la préparer longuement !