On ne sait pourquoi, mais une formidable opportunité de progrès est totalement passée inaperçue dans l’actualité de décembre 2004 : le séquençage du génome de la poule. Pourtant, avec une avancée aussi décisive, bien des choses vont pouvoir changer. Les scientifiques ont ouvert une voie royale vers un progrès sans limite.

Pourquoi ? Comment ? C’est ce que vous allez découvrir. Après avoir lu ce qui suit, vous ne pourrez plus jamais dire que la science ça ne sert à Rien.

Le séquençage du génome, c’est quoi au juste ?

Bonne question : avant de s’extasier il faut savoir de quoi on parle. En fait, séquencer un génome est une tâche immense et demande une importante collaboration pour identifier les milliers de gènes - plus de 20.000 dans le cas de la poule - qui constituent son ADN. Le projet initié par l’Université de Washington a réuni 49 équipes de scientifiques du monde entier qui travaillent ensemble depuis de nombreuses années. Une fois toutes les données rassemblées on possède le code génétique de l’animal. Pour employer une image, c’est un peu comme la traduction d’un message en morse : lorsque les traits et les points sont transformés en mots, n’importe qui peut lire le texte en clair.

Pour illustrer cette histoire d’une saga mondiale, la poule et son génome, voilà ci-dessous un extrait d’une communication des universités suisses (consultable intégralement ici au format PDF).


Les Universités de Lausanne et de Genève ont participé au premier séquençage du génome entier d’un oiseau.

« ...Analysé après un poisson, une mouche, une souris, un rat et l’homme, la poule est le premier oiseau à bénéficier d’un séquençage complet. “Ce séquençage du génome de la poule pourrait permettre d’améliorer la productivité agricole de cet animal, souligne Henrik Kaessmann, ou même offrir une meilleure connaissance des phénomènes de transmission de certains virus aviaires...” L’article qui sera publié le 9 décembre dans la revue Nature rassemble les résultats des différents groupes de scientifiques répartis à travers le monde. D’autres données génétiques expliquent notamment l’absence chez la poule de dents et de lait maternel. Le mythe selon lequel l’odorat des oiseaux n’est pas développé prend un coup dans l’aile, une équipe ayant trouvé de très nombreux gènes « olfactifs » chez la poule. Presque complet, le génome du chimpanzé sera connu d’ici la fin de l’année, juste avant la vache et le macaque. On trouvera sur le site www.ensembl.org la liste des génomes disponibles à ce jour. »


Si l’on en croit cet article, nous allons donc enfin pouvoir comprendre pourquoi notre collègue de bureau ressemble à un singe, et notre chef de service à une vraie vache : apparemment c’est une histoire de gène. Et là où il y a du gène... on connaît la suite. Mais plus important encore que le décodage de l’apparence simiesque de notre supérieur, nous savons maintenant que si les poules n’ont pas de dents, c’est à cause d’un gène manquant. Et dès lors se pose la question cruciale : suffirait-il de le leur implanter pour, de manière incisive pourrait-on dire, leur clore le bec d’une belle rangée de dents bien blanches ?

C’est là que l’on touche du doigt la puissance de la science : si une telle chose est envisageable, à quels bouleversements ne doit-on pas s’attendre ?

Quand les poules auront des dents...

Car chacun le sait, beaucoup de choses impossibles sont censées arriver à la St Glinglin, à la Trinité ou lors de la semaine des 4 jeudis. Mais si ces événements ont peu de chance d’advenir il n’en est plus de même pour les attributs masticatoires des poules. Et toute la différence est là !

Déjà tout petit lorsque je ramenais à la maison mes notes de dictées, mon père, le regard las et après m’avoir sérieusement admonesté me répétait invariablement « Je ne te demande pas grand chose mon fils, simplement d’avoir 9/20, ce serait déjà pas mal. Mais je crois que lorsque tu auras la moyenne, les poules auront des dents !" ». Plus tard ce fut la même rengaine pour le brevet, puis pour le bac. Avec les filles je n’eus pas beaucoup de chance non plus, je me souviens fort bien d’une certaine Angélique qui elle aussi me remémora les promesses des gallinacés. Et ma grande sœur, tiens ! Revenant de l’école et demandant innocemment à ma mère : Maman, pourquoi tout est toujours plus difficile pour les filles ? Est-ce qu’un jour on aura les mêmes droits que les garçons ? Et la réponse maternelle :
- Ma pauvre fille, tu rêves ! Ce jour là, les poules auront des dents !

Moi je vous le dis, il va s’en passer des choses bizarres le jour où le fameux gène sera implanté dans les mamans des poussins. Les riches vont donner aux pauvres, les plus forts vont soutenir les plus faibles, les politiciens seront honnêtes et les militaires disparaîtront. Dieu lui-même demandera pardon pour les famines et les tsunamis, Bill Gates rendra public et gratuit le code de Windows et les firmes phamaceutiques donneront les trithérapies aux pays ravagés par le Sida. La famine disparaîtra, les pauvres le seront de moins en moins...

Et le lait de poule alors ?

Là il faut l’avouer, les scientifiques ne sont pas très malins. Relisez-bien l’extrait suisse, vous découvrirez que l’on va savoir pourquoi les poules n’ont pas de lait maternel. D’abord, le lait de poule ça existe. En cuisine, dans tout bon livre de recettes. Et quand à savoir pourquoi les poules n’ont pas vraiment de lait, ont-elles besoin pour cela un génome spécifique ? Moi je dis non, elles ont d’abord besoin de mammelles. Sinon, elles auraient beau avoir du lait, les poussins n’en verraient pas la couleur.

Quelquefois on a l’impression que les scientifiques n’ont pas vraiment les yeux en face des trous. J’imagine qu’ils seront beaucoup plus pragmatiques eux aussi... quand les poules auront des dents !