A l’inverse de ce que l’on pourrait penser, le Rien, aussi appelé néant, limbes ou éther n’est pas vide, loin s’en faut, ou loin sans faux comme diraient l’Ankou (ange de la mort chez les Bretons) et Auguste, paysan de la Margeride auteur du roman courtois « La geste d’Auguste le semeur ».

Le néant foisonne de vie, rustique certes, mais grouillante, comme les mares et marais qui s’emplissent de vie au printemps, aquatique certes, mais grenouillante.

Un environnement inhospitalier

Les conditions d’existence dans le Rien sont extrêmes. Aussi la vie qui s’y développe prend une forme surprenante, semblable à celle qui a colonisé les fonds marins dans les profondeurs abyssales des fosses océaniques où jaillissent des sources d’eau brûlante et sulfurique. Aux abords immédiats de ces sources se sont installés des groupes de métazoaires artiozoaires au corps mou, allongé, cylindrique, présentant des segments et dépourvu de pattes. Ainsi ces gens de la fontaine sous la mer sont des vers. Le phénomène a été décrit par le Professeur Bourvil dans son article sur l’eau ferrugineuse dans lequel il expose brillamment qu’un ver dans l’alcool, non, mais dans l’eau ferrugineuse, oui. Et bien il en va de même pour le Rien qui abrite dans ses tréfonds une variété de ver unique, l’uni-ver plus communément connu comme le ver d’éther.

Un aspect physique hors du commun

La principale particularité de ce ver d’éther est de présenter un aspect physique original puisqu’il est doté d’une tête noire et blanche et d’une longue queue annelée aux couleurs identiques, en quoi il rappelle le lémur, singe des forêts de Madagascar, d’Amérique du sud et du Mozambique, car le Mozambique adoucit les lémurs. Cette ressemblance vaut au ver de Rien dit aussi néant-ver son nom de ver-singe, ressemblance due également au fait que dépourvu de pattes, il se déplace avec sa queue car ce n’est pas un ver à pied. Les difficultés de pénétration du néant sont telles que peu d’équipes de crypto-zoologistes ont pu s’y rendre, c’est pourquoi les observations du ver-singe de Rien sont modestes. On ne possède comme étude sérieuse que celle effectuée par le Docteur Jules Ver qui a pu descendre à 20 000 lieux sous l’éther.

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Le Ver-singe
Agressif, indélicat, asocial, on peut dire de cet animal très mal connu qu’il est en réalité très peu connu. La meilleure définition en a été donnée par Linné, qui affirmait que le boxeur est au ring ce que le ver-singe est aux rixes.

Un comportement social aux multiples facettes

On sait du ver-singe qu’il s’adapte à toutes les températures, se faisant ver chaud à la canicule ou ver glacé par grand froid. Il est également établi que tous les vers de limbes ne sont pas logés à la même enseigne, et que leur condition dépend de leur naissance zodiacale. Curieusement les natifs du 20 janvier au 18 février sont des vers sots avec des capacités intellectuelles plus faibles, mais comme il est dit dans les saintes écritures que les premiers seront les vers niais, ces derniers n’en font pas un fromage. On rapporte de très rares cas de parasitose où le ver-singe délaisse son habitat traditionnel pour s’installer, tel le rémora sous un requin, avec un ruminant local, le veau-rien. On dit de cette symbiose qu’elle est le diable veau-ver du Rien. Ouvrons ici une discrète parenthèse pour dire que le veau-rien est affublé d’un pelage hirsute et galeux qu’il ne lave qu’avec des produits Loréal, car il ne vaut rien. Le veau-rien n’est pas un veau doux. Fermons là la parenthèse aussi discrètement que nous l’avions ouverte. Encore plus rare, il arrive que des fratries de quatre vers décident d’occuper un équidé en commun, on parle alors de vers à cheval. Mais le coté le plus intéressant de cet individu ver, alors que son profil, son dos ou sa face sont délicats à déterminer, c’est sa sexualité.

Un mode de reproduction exemplaire

La cour que le mâle ver-singe fait à la femelle est un modèle de séduction. Le ver limbatique exécute une parade nuptiale lymphatique et paresseuse, sympathique et efficace. De manière emphatique, il dessine avec sa queue toutes sortes d’entrelacs pour séduire sa belle, commençant par des motifs simples en forme de cœurs transpercés de traits cupidoniques pour en arriver à tracer un trèfle à quatre feuilles, symbole d’amour chez les ver-singes. Tout au long de cette danse de séduction, le mâle déclame des chants d’amour en onomatopées alexandrines, décasyllabiques voire même octosyllabiques qui d’une part font pâmer la femelle, et d’autre part sont destinés à effrayer les éventuels rivaux et que les autres vers balisent. A ce stade, le pénis du ver, la ver-tige va saisir sa chance en envoyant un flot de sang dans le vaisseau sanguin appelé ver-veine, jusqu’ à ce que le corps du ver se teinte en rouge. Quand le ver millonne, c’est signe avant-coureur de l’imminence de l’accouplement que le ver-singe pratique ventral. Pour que l’union soit possible, les deux partenaires doivent être de la même teinte, le mâle dit alors à la femelle : millonne, allons voir si la rose qui ce matin est éclose. Passée cette étape, notre ver galant au sang échauffé va se conduire comme un chaud lapin. Son tempérament amoureux brûle d’une telle braise, qu’on dit que le ver-singe est torride.

Célébrités

Certains vers de Rien ont gagné la postérité par leurs aptitudes diverses. La plus célèbre reste la dame de ver qui fut longtemps vedette de spots publicitaires pour des appareils ménagers nettoyants et pour Omo la lessive gaie et enjouée. Elle est désormais mondialement connue de son nom d’artiste, la ver Denis.