Le mariage homosexuel fait débat avant même qu’il ne soit fait d’ébats. L’église qui avait érigé l’union entre un homme et une femme en sacrement divin a pris position alors que le dieu des chrétiens s’est abstenu de tout commentaire dans ce débat qu’il considère plutôt comme une couronne d’épines.

Le président de la conférence des évêques de France, Monseigneur Jean-Pierre Ricard dont le dernier essai philosophique a fait grand bruit [1] s’est affirmé en "désaccord total" avec le mariage homosexuel que le député-maire Noël Mamère s’apprête à célébrer le 5 juin prochain dans sa mairie de Bègles. Convenons-en, l’archevêque de Bordeaux ne manque pas d’arguments : "Si notre société donne tant d’importance au mariage d’un homme et d’une femme, (…) c’est parce que le mariage assure également le renouvellement des générations."

Un avis d’expert

En effet, monseigneur Ricard s’y connaît en procréation. La formation des prêtres insiste en effet d’autant plus sur la sexualité humaine que ces hommes qui vont consacrer leur vie à leur dieu ne sauront jamais ce qu’est une femme, un homme marié, un couple ou même l’amour et appelleront l’acte sexuel un péché - qu’il ne faut commettre que pour procréer. Pas étonnant si leurs maîtres en théologie - eux aussi d’autres prêtres totalement abstinents - insistent sur ces pratiques qui sans cela ne pourraient paraître qu’incompréhensibles aux jeunes séminaristes. Ils se transmettent ainsi de génération en génération grâce à une abondante littérature et quelques cassettes vidéo les secrets d’alcôve de leurs concitoyens et en savent beaucoup plus là dessus que vous et moi, expertise oblige. Cette information a aussi un autre but : faire prendre conscience aux religieux catholiques qu’ils ne doivent pas être trop persuasifs - Rome a calculé qu’un pays où tous les habitants feraient vœu de chasteté risquerait de disparaître totalement en l’espace d’un siècle seulement. (Laisser quelques spécimens embrasser la religion protestante ne serait envisageable qu’en cas d’extrême urgence).

Un parcours exemplaire

Très tôt, monseigneur Ricard a franchi les 51 degrés de la conscience, notamment lorsqu’il a réalisé soudainement que tous les humains, y compris les hommes d’église, sont conçus avec péché - et cela lui a fait horreur. Ne pouvant épouser la vierge Marie - ce qui n’aurait d’ailleurs servi à rien - il décida donc de laisser à d’autres le soin de commettre les péchés nécessaires à la préservation de son espèce afin de pouvoir présenter lors du jugement dernier son âme immaculée.

Désireux de venir en aide à ses semblables, il choisit la réflexion et publia plusieurs essais philosophiques. Il fit scandale avec son pamphlet "Ni dieu ni prêtre. Si Adam avait fait vœu de chasteté." où il aborda les questions fondamentales de la destinée humaine comme nul autre théologien avant lui, remarquant avec l’acuité de son esprit acéré [2] que si le premier homme avait fait abstinence, il n’y aurait eu aucun humain pour peupler la terre, et donc ni Christ, ni à fortiori d’église catholique. Il combattit également ardemment les thèses des athées qui prétendaient que le dieu des chrétiens avait fait une drôle de blague aux pauvres humains après le péché originel, les enjoignant d’un côté à peupler la terre - "Croissez et multipliez" - et d’un autre côté leur faisant commettre ainsi éternellement le péché de chair - ce qui aurait été probablement une astuce pour éviter de surpeupler le paradis.

Monseigneur Ricard, qui vise Rome, serait en train de préparer un nouvel ouvrage, qui fera date, La vie sexuelle de la femme mariée soulevant le délicat problème théologique de savoir si, lors de la procréation au sein d’un deuxième mariage, le péché de chair n’est pas purement et simplement doublé.

Le dieu qui préside aux destinées de la religion catholique n’a pour le moment pas communiqué sa position sur ce délicat problème du mariage homosexuel, s’étant décidé cette semaine à créer un second univers du côté d’Alpha du Centaure après les récentes interventions publiques d’un certain G.W.Bush. Il devrait certainement intervenir devant les caméras lundi prochain, une fois qu’il se sera reposé le septième jour.

[1] Adam prêtre, pour quelles ouailles ? - Editions de la Procure - Paris 1902

[2] Le paradoxe d’Adam - ibid - Condom, 1924