Le 4 mai 2004 a été fêté le centenaire de la création de la première Rolls, en présence de la Reine Elisabeth et du Pape Jean-Paul II - qui ont tous deux poussé leur premier cri au moment même où la mythique automobile était portée sur les fonds garagismaux. Il y a tout juste un siècle naissait donc la première petite Rolls. Elle poussa son premier vagissement, eut le front oint d’huile de vidange et fut dès lors promise à une glorieuse descendance. Cent ans ont passé et elle a tenu ses promesses : la Rolls a toujours gardé depuis 1904 sa qualité irréprochable et son design incomparable.

La Rolls : à l’origine un concept résolument populiste

Qui le savait ? personne ! Et pourtant c’est vrai, l’idée géniale de Frederick Henry Royce et Charles Stewart Rolls était de mettre à la portée de tous la nouvelle voiture du peuple. C’était - avec 45 ans d’avance - le concept révolutionnaire de Volkswagen qu’avaient inventé les deux compères !

Evidemment lorsqu’on connaît le prix d’une Rolls cela semble invraisemblable. Comment en effet arriver à mettre à la portée de tous une voiture aussi luxueuse ? A vrai dire, cet objectif louable ne fut jamais atteint. Perfectionniste jusqu’au bout des ongles - toujours impeccablement soignés - Sir Henry Royce tomba dans son propre piège : il voulait en effet que sa voiture soit non seulement populaire mais avant tout pratique et sans complication. Et pour lui, cela n’était possible qu’au moyen d’une qualité irréprochable : pour être vraiment pratique, une Rolls ne devait jamais tomber en panne.

Le temps, c’est de l’argent

Hélas, pour faire de la qualité il fallait du temps, c’est-à-dire de l’argent, beaucoup d’argent ! Les deux ingénieurs s’en rendirent compte dès le premier prototype construit : pour acheter leur rutilante voiture il fallait débourser quarante années de salaire, on était donc loin du concept populaire ! Pas découragés pour un sou, Rolls et Royce se remirent au travail avec ce nouvel objectif : réduire le coût sans sacrifier la qualité. Au bout de quatre années d’un dur labeur dont ils ne furent pas avares, ils en vinrent à cette formidable conclusion : plutôt que de faire la voiture du pauvre, ils allaient lancer la voiture du riche !

L’argent, c’est bon pour les affaires

Cette solution s’avéra être la bonne. On pouvait cultiver alors sans limite la perfection mécanique, et la clientèle toute trouvée - altesses, maharajahs, hommes d’affaires richissimes, présentateurs de télévision, sportifs célèbres… - rentabilisait l’affaire facilement : plus c’était cher, plus elle aimait.

Après une rapide enquête Rolls et Royce découvrirent la formule magique, la règle des trois unités. Pour vendre aux riches comme aimait à l’expliquer l’ami Rolls, il faut mettre trois choses en avant : Premièrement le prix, deuxièmement le prix et troisièmement le prix.

Le bureau de marketing enveloppa tout cela dans une stratégie de communication remarquable : une Rolls c’était :
- La qualité grâce à des matériaux de choix : ors fins, boiseries rares, métaux et pierres précieuses
- La qualité grâce à un prix élevé qui garantirait que seules les grandes fortunes pourraient accéder à ce luxe raffiné et se distinguer du bas peuple
- La qualité grâce au design. (L’attrait des riches pour le conservatisme, la tradition et le mauvais goût était facile à satisfaire).

L’argent fantôme

Dès la première Rolls, ce fut une réussite : les ingénieux constructeurs avaient mis dans le mille - et même dans le million - avec la Silver Ghost - en français l’argent fantôme - qu’il vendirent aussitôt en occident, en orient et en riant.

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La première Rolls
Voici ce qu’on pouvait se payer avec les gains de 40 ans de salaire d’un ouvrier en 1904. Une valeur sûre, déjà !

Pour séduire les maharajahs, on fit même appel à un décorateur de renom qui créa tout exprès le modèle Sissi Impératrice , lequel fit aussitôt une magnifique carrière en Inde.

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La SilverGhost du Maharajah de Bopal
Elue Voiture de l’année en Inde en 1922, la SilverGhost Spéciale fit un tabac à Bombay.

Le design au mérite ou l’apprentissage de toute une vie

Chez Rolls et Royce, le concept de la qualité avant tout signifiait pour le bureau d’études d’utiliser les plus grandes compétences, et chacun devait ainsi faire ses preuves durant de longues années. Aujourd’hui encore, cette tradition est totalement respectée : dès 15 ans les apprentis designers apprennent à trier les gommes par catégories et par couleurs, puis à vider les épluchures de crayon et à souffler sur les calques pour en ôter la poussière de graphite. A 30 ans ils ont définitivement acquis la maturité nécessaire pour le rangement des calques et le nettoyage des équerres. Vers 50 ans, les plus méritants acquièrent le privilège de conserver leur double-décimètre calibré à leur domicile (uniquement pendant la semaine, bien sûr).

Ainsi progressent en compétence, expérience et exigence les dessinateurs de chez Rolls Royce, dont la moyenne d’âge est de 75 ans. Ils deviennent alors Grands Maîtres Concepteurs à partir de 95 ans, et le meilleur d’entre eux deviendra Chef de bureau de conception, consécration ultime pour le plus fidèle d’entre les fidèles : c’est lui qui va dessiner les nouveaux modèles.

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En 1890, une ligne révolutionnaire !
Ce modèle d’avant garde pour son époque fut oublié dans les cartons, ce qui fait qu’il n’apparut sur le marché qu’un siècle plus tard, en 1990.

Un coup de patte que beaucoup envient chez les concurrents

Le résultat est visible, il n’est nul besoin d’être un expert pour admirer les lignes des modèles du nouveau siècle. C’est là l’œuvre de Robert J Klampain, arrivé récemment à la tête du Bureau de conception des lignes contemporaines . Entré très tard chez Rolls, Klampain a mérité cet hommage après plus de 60 ans de dur labeur au sein de marques prestigieuses.

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Le modèle 2002
En route pour le nouveau siècle avec ce modèle sobre et de bon goût.

Dans sa longue carrière professionnelle Bob a été en effet un remarquable concepteur. Dessinateur émérite des chars Panther, il passa de longues années au Pentagone, puis il entra chez John Deere, numéro 1 des tracteurs dans le monde. Après des années de célébrité au sein de tous les bureaux d’études il entra chez Caterpillar où il fut à l’origine du concept de Bulldozer.

Il allait prendre une retraite bien méritée lorsqu’il fut pressenti par le Concept-office, un bureau d’études indépendant qui dessinait alors les manivelles de Rolls-Royce. Très vite Klampain sut inspirer de nouvelles lignes et, remarqué par la firme, il entra au saint des saints. Là il sut s’imposer en douceur et gravit les échelons au plus haut niveau.

Actuellement agé de 104 ans, Bob a connu la consécration suprême en traçant d’un geste vigoureux les bienheureuses lignes du nouveau modèle 2004. Bob Klampain ne sera plus jamais oublié. Nous le souhaitons tous : longue vie à Bob !

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La grâce en 2004
Admirez les lignes toutes en volupté du dernier modèle créé par Bob, chef designer qui a dirigé pendant 30 ans le bureau d’études de Caterpillar

Pour en savoir plus sur Rolls-Royce, visitez leur site d’où sont extraites ces magnifiques photos (cliquez sur le lien).