Hélas, Discordantiel est malade comme un chien. Que va-t-il se passer, va-t-il se mettre à aboyer ? Que nenni, il va demander de la dramamine à son ami Forclusif, et ils iront de concert traquer la gueuse (une bière belge) sur les canaux de Bourgogne.

Un jeune lecteur assidu du Rien, Ronan (de Roncevaux), passionné par mon article Regards sur l’enrichissement circonvolutif de la langue française m’a écrit longuement pour faire état de ses recherches personnelles sur le Rien. Je reproduis bien volontiers ci-dessous quelques extraits de sa passionnante contribution rewrités par mes soins. J.D.M.Ç

En ancien français (celui d’avant les petits beurs lus) le mot rien s’écrivait riens. Vous vous en foutez peut-être, mais avez-vous songé ce que serait le RIENS ? Car RIENS ce n’est pas RIEN. Pour l’association, ce serait donc la Recherche Interdisciplinaire pour l’Etude du Néant Supérieur ? Impossible, seul Rien est supérieur au Néant.

Alors tâchons d’en savoir plus, et laissons parler les grammai-riens.

La négation bitensive ou le secret du Rien

Le pré-requis pour utiliser une langue n’est pas d’en connaître la grammaire, et de ce fait bien des choses vous échappent concernant la négation. Nous allons tenter de soulever un coin du voile du rien.

Lorsque vous dites "Je n’aime pas le pêne" (n.m. - lat. pessulus : verrou - Pièce mobile d’une serrure qui, actionnée par une clef, ferme la porte en s’engageant dans la gâche) vous utilisez sans le savoir le "ne", qui est un discordantiel, et le "pas" qui, lui, est un forclusif. Analysons notre déclaration à la lumière de cette première constatation. Ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas que le pêne ferme la porte, ni qu’il ait besoin pour ce faire de s’engager dans la gâche, tout ça on le savait déjà. Ce qui fait sens, c’est la négation, ou le négationnisme.

En ancien français le forclusif était toujours un substantif, c’est-à-dire que "Il n’y va pas" exprimait l’idée littérale de faire un pas en avant ; de même le châtelain déclarant "Je n’ai pas d’argent" signifiait que ses écus en se déplaçant faisaient des petits pas, et des petits par la même occasion. "On n’y voit goutte" signifiait que des gouttes de pluie gênaient la vision (avant la géniale invention de Népomucène Parapluie), ou bien "On n’en a rien à cirer" le fait qu’on était pieds nus sur la plage de Palavas, les nénés à l’air (au Moyen Age on disait "cirénéné" au lieu de cirer car les malheureuses petites cireuses qui allaient par les rues étaient torse nu).

Revenons-en à notre fameux "Riens" dont l’origine étymologique est Res-Rem, la "chose" en latin. En tant que substantif, il sert de forclusif dans la négation "Je n’aime Riens" (= je n’aime aucune chose, surtout pas le pêne de la porte qui gâche tout), mais aussi de substantif à part entière : "C’est la Riens que j’aime le plus au monde" (=que le pêne prenne la porte, voilà qui me sied). Donc le même mot "Riens" servait à exprimer deux idées contraires selon son emploi : celle d’une chose existante (la porte que va prendre le pêne), et celle au contraire, qui nous est restée, du néant, du rien (le pêne lui-même).

Et quant au mot chose ?

Eh bien, le mot "Chose" vient lui aussi du latin "Causa-Causam", (par exemple dans "Que penses-tu de ce pêne ?" Réponse : "Causam…" - sous entendu "Causam mon Q ma tête est malade à cause de la gâche de la porte". Par dérivation sémantique et évolution phonético-morphologique, cet étymon nous a donné le mot actuel "Chose."

Citons encore pour éclairer notre propos la fameuse réplique de Shakespeare dans le Roi Lear, lorsque Othon, retrouvant sa maîtresse Tiskordanz après sa terrible confontation avec le Walhalla, la surprend dans les bras de son valet, Kluzif.
- Tiskordanz : "Ciel !"
- Klusif : "Quoi ?"
- Tiskordanz : "Mon mari !"
- Kluzif : "Malheur, nous sommes perdus !"
- Tiskordanz : " Mais non, mon amour." (hésitante) "Tu es… tu es…"
- Kulsif : "Quoi, mon amour ? Quoi ?"
- Tiskordanz (décidée) : "Tu es fort, Kluzif !"

Rappelons qu’après la représentation de cette pièce devant la reine d’Angleterre, Shakespeare a été anobli, puis il a eu le Prix Nobel de grammaire.