Que serait Rien sans son R ? Ien, c’est à dire encore moins que rien. Voilà un rapport qui ne manque pas d’air, auquel cas c’eut été un simple apport. Un R solitaire détaché de Rien a été découvert dans les bureaux de l’association, endormi comme il se doit dans la chambre à air (deuxième porte à gauche après le placard à perceuses).


- Bouse endormie ! lui cria le Président en colère, tu ne manques pas d’air de dormir là et d’anéantir par la même mon association ! Tu ne respectes donc aucune l’Oie ?
- I beg your pardon ? (car l’R était anglophile, il aimait l’R des thés, et ce même à l’heure d’hiver).
- ne prend pas cet air étonné, pauvre hère !
- que me criez-vous dessus, Président, je vais me casser la jambe oblique et ainsi resterai-je en paix (et oui, cassez la jambe oblique de l’R, et vous obtenez un P). A ces mots, le Président prit peur, imaginant un R à la jambe cassée, tant il est vrai que le fond de l’R effraie, et qui entraînerait son association en déshérence.
- va t’aérer mon cher R, la chair de ma chair dit le président, va donc prendre un bon bol d’air dehors !


L’R, mine reconfite, alla donc prendre l’air sur la terrasse, s’installa sur une chaise longue noire zébrée de blanc ou l’inverse, c’est comme le pyjama des zèbres, on ne sait jamais s’ils l’ont mis à l’envers ou à l’endroit, dessinant ainsi la bannière bretonne : hermine, bandes blanches et noires. Pendant que l’R se reposait, les membres de l’association réfléchissaient à la solution idéale pour que l’R de Rien ne joue plus avec la fille de l’air, ce qui à la longue pouvait compromettre tout le monde dans une affaire de pédophilie, car la fille de l’air est mineure, raison pour laquelle elle n’allait pas au charbon, ce qui n’en rendrait pas moins sombre la situation de chacun dans cette funeste hypothèse. Beaucoup pensaient que le mieux était de rouler l’R autour du Ien, et de les fixer ensemble par la ceinture de sécurité comme cela est préconisé dans le rapport de la Gendarmerie Nationale rédigé par Jules-Emile Glaboriaux, Gendarme de Première Classe à Palavas-les-Flots. Certains membres alcoolophiles firent remarquer que l’absence d’R n’était pas en soi, ni en laine ni en polyester d’ailleurs, catastrophique, faisant remarquer que les vignobles de Sanc’R fournissaient d’excellents crus pour les cuites et que même sans l’R, on pouvait avoir la chanson à condition que l’R ne soit pas mal embouché car il prenait alors un goût de bouchon. On fit (confit sans « c ») remarquer à ces membres prêts à écorcher nos us et nos coutumes que l’heure était grave et qu’ils ne devaient pas embrouiller les réflexions par leurs leurres de vérité, et qu’on risquait l’heurt à poursuivre dans cette voie en l’absence de tout repère.

Sortant de son repaire, l’Orier 11 parla. Chacun écouta la voix du saigneur, il s’était coupé en se rasant, émettre :
- Chers membres de Rien, membres pères, membres mères, souris, rouge, impair et passe, dit-il après une première gorgée de bière, vous n’imaginez pas combien l’R pése, croyez en mon expérience de Lozérien, et c’est quand l’R est parti qu’on s’aperçoit combien il est volatile et qu’on se demande bien comment faire pour que ce courant d’R revienne. Car il file l’air, ventre à terre comme une limace et rapide avec ça, la limace n’est jamais qu’un escargot sans domicile fixe délesté du poids de l’immobilier. L’Orier 11 conta alors l’histoire de la Lozère qui un temps perdit son R ce qui donna la Lozée, tuile schisteuse dont on couvre les toits. On dit de la Lozère qu’elle aère, slogan désuet mais vérifiable auprès de tous les offices de tourisme. Cela induit donc, non pas de la farce (en patois du Gévaudan, l’induidon de la farce est l’apprenti-cuisinier qui bourre les dindons (de farce) avant la cuisson) mais que l’air de la Lozère est bon est que celle-ci ne serait rien sans son R et qu’il ne faut surtout pas laisser ce dernier s’envoyer en l’air comme cela s’était passé jadis. Mais il ne faut pas non plus retenir l’R n’importe comment, car si on le brusque, l’R pète au logis, tel un serpent Zapi tapis dans le désert scrutant sa proie avant de s’en saisir de ses doigts crochus. On l’a compris, il faut qu’à tous moments l’R puisse circuler, l’R avance, l’R recule, montre ses biscottos et comme ça il est content et ne pense pas à fuir. Il faut entourer l’R d’une ambiance tant harmonieuse qu’harmonique. C’est pourquoi il est nécessaire à tout moment d’entonner l’R par des vocalises adaptées.

Ainsi le bon R est stabilisé pour le bonheur de tous, car, comme le disait Bob Marley, le son de l’R égaie.