Il était question dans un Midi Libre du début novembre 2003, d’un projet d’installation d’un parc de 30 éoliennes sur le massif de la Gardille. Comme dans Lozère il y a ère, voici le département transformable en chambre à air. Normal, pour le Conseil Général, la Lozère aère. Certains voient cette implantation comme une bouffée d’oxygène, économique notamment. Un souffle nouveau sur la Lozère, semant aux vents les retombées financières de l’électricité ventilée.

D’autres, à l’unisson avec Frédéric Mistral, susurrent que le bruit d’hélice, hélas, est l’os. Sinon qui s’émouvrait de voir l’hélice au pays des merveilles, même si ces trente éoliennes n’ont rien à voir avec les huit scaroles. Quels sont les spécialistes en la matière, sachant que l’herpétologie n’est que la science traitant des reptiles et non des vents à domicile. Peut être la fondation Cousteau qui sait qu’autant en emporte l’évent des baleines, ou les espagnoles, grandes agitatrices d’éventails. On se perd en conjectures.

En attendant les bris d’hélice

Toutefois, il y a fort à parier qu’une tempête se lèvera entre partisans et adversaires de ces moulins à vent des temps modernes. Le vent au dehors sera source de rage dedans. Les Don Quichotte vont charger non plus au cri de Montjoie Saint-Denis mais de "Ô vent, suspend ces tôles", pour des bris d’hélices. Les autres, notamment des dames bien mises qui sous l’auvent suspendent leur étole, soutiendront que pour une fois que la Lozère a le vent en poupe, il ne faudrait pas crever ce ballon d’assistance respiratoire. Faut-il brasser autant d’air sur cette affaire ? Techniquement, une éolienne n’est jamais qu’un gros ventilateur, sauf que les pales du ventilateur propulsent l’air, alors que c’est l’air qui propulse les pales de l’éolienne. Dans ce mouvement véridique, la pale hisse pistons et turbines des générateurs, transformant le courant d’air en courant électrique.

Ni Tarzan ni singe

L’opposition à la nouveauté est un courant continu dans le paysage socioculturel et politique, contre lequel les alternatifs ont bien du mal à se faire entendre. Il est par exemple reproché à l’exploitant de faire du bénéfice sur la vente d’électricité au mépris de l’environnement, car ne se limitant pas à alimenter un secteur proche. Dans ce cas, le surplus de courant, le vend il à tort ? Pour être objectif, faisons remarquer qu’une éolienne n’est pas plus moche qu’une ligne à Très Haute Tension, dont les hauts liens volent au vent et pendent comme des lianes au dessus des paysages. Lianes qui n’ont rien de bucolique, car on n’y voit ni Tarzan ni singe, si ce n’est les riverains transformés en lémurs de lamentation. Par contre, les volts vrombissent de leur transport d’électrons qui s’entrechoquent en une orgie si intense, qu’on ne sait plus quel ohm est le fils d’ampère. Et car les volts errent, mœurs révoltantes, on ne peut avoir en eux une confiance absolue, souvenez vous il y a peu de l’Italie plongée dans le noir et qui ampère son latin. Par rapport au nucléaire, on conviendra aussi que les tours de bise sont moins dangereuses que les cheminées de centrales.

Vers qui penchera la Lozère, ceux rêvant à de nouveaux hauts de hurlevent, ou les défenseurs des engoulevents dont on craint qu’ils soient broyés par les moulinettes géantes. Du Levant au ponant du Gévaudan, ça va décoiffer, il y aura du vent dans les poils. Moulins à paroles et brise de mots s’accorderont-ils sur le vent nouveau ?

Lozérix - Vent d’ange et souffle divin.