Ça vous est certainement arrivé. Vous attendez au feu rouge que ça passe au vert, votre regard traîne nonchalamment sur l’arrière du véhicule qui vous précède, et tout-à-coup vous vous rendez compte que des tas de petits sigles ornent le coffre, à droite, à gauche, quelquefois au centre, il y en a partout. Tiens, mais qu’est-ce que ça veut dire, tout ça ?

Avec riensavoir, vous allez tout savoir.

Citroën m’était conté…

Une voiture, c’est un produit manufacturé. Il porte donc d’abord tout naturellement le nom de son constructeur. Vous ne le croyez peut-être pas, et pourtant c’est vrai : la guillotine est l’invention de monsieur Guillotin, et la poubelle de monsieur Poubelle. C’est donc un certain monsieur Fiat (de son prénom Lux, un italien de Turin) qui fabrique les Fiat. Vous connaissez aussi certainement les patronymes de messieurs Panhard et Levassor, Ford, Renault, Citroën, Cadillac, Volkswagen, Jaguar, Bugatti. Tous ces gens là qui avaient des noms de voiture se sont mis tout naturellement à en fabriquer.

Au début c’était simple, il n’y avait qu’un seul modèle par marque. On disait à son collègue : "Tiens, cette année j’ai gagné un peu d’argent, je vais m’acheter une Lamborghini, j’en ai marre de prendre la pluie à vélo en allant au bureau". Il suffisait donc à l’achat de choisir par exemple entre une Ferrari, une Cadillac, une Fiat et une Trabant.

Trabant et Fiat : une idée de génie

Et c’est monsieur Trabant, justement, et un peu plus tard monsieur Fiat, qui, s’ennuyant parce qu’ils ne vendaient presque rien se sont mis à inventer de nouveaux modèles.

Au début tout s’est bien passé, les ventes ont remonté. Mais au bout d’un moment ces innovateurs se sont trouvés confrontés à un grave problème : la confusion. Certaines voitures se retrouvaient avec une roue trop grande, un volant trop petit ou une capote gigantesque. En fait les mécanos n’arrivaient pas à distinguer les véhicules qu’ils construisaient : ils les confondaient tous. Par exemple monsieur Trabant perdait un temps fou à discuter avec son contremaître :
- Bon, nous allons essayer d’améliorer le moteur de la 4 places 5 CV, qu’en pensez-vous, Ernest-Antoine ?
- Laquelle, monsieur Trabant ?
- Eh bien, mais celle avec le hayon à droite, la roue motrice à l’arrière avec ABS sur la roue de secours et les sièges en peau de loutre.
- Avec les phares longue portée ?
- Non, celle-là se vend bien. Non, l’autre, celle qui a un porte-vélos.
- Vous êtes sûr, patron ? Je crois qu’au contraire celle qui se vend bien c’est celle avec la remorque porte-buffles. A Grabels on en a vendu trois l’an dernier…

Et voilà ! C’est à ce moment là que l’idée est venue au premier constructeur de donner un nom à ses modèles. Ainsi naquit la Trabant Porte-buffles, qui eut aussitôt un grand succès. Elle fut bientôt déclinée en Porte-zèbres (pour l’export en Afrique), Porte-vaches (un modèle campagnard), Porte-billets (spécialement créée pour un Baron féru de finances et d’économie), et Porte-paquets (le modèle urbain). L’époque moderne était née.

Aujourd’hui plus personne ne s’étonne qu’il existe des Fiat Punto (en italien : Fiat Point). Mais Fiat Point n’est qu’un de ces noms furieusement évocateurs qui caressent notre oreille et donnent l’envie de se précipiter chez le concessionnaire le plus proche. Tous les automobiliers agissent de même, hormis Peugeot qui a laissé ce soin à ses ingénieurs. Lesquels se sont contentés de reporter les numéros des dossiers du service de conception : 203, 204, 205, 403, 404-not found (un modèle abandonné) etc.

Aujourd’hui la tâche cruciale d’inventer des noms de modèles est confiée au service marketing qui a la charge de valoriser le produit en lui ajoutant une part de rêve. Ainsi la Saxo séduira le musicien, la Picasso un artiste peintre ou un très riche héritier, la Panda fera craquer le vétérinaire ou le zoophile, la Fiat Point rendra fou le pêcheur à la ligne… De temps à autre l’imagination débridée des publicitaires produit pourtant quelque couac, comme pour la Xarat destinée aux gens particulièrement économes, mais que les garagistes (qui avaient du mal à se faire payer) refusaient de réparer (ce qui obligea Citroën à ôter le "t" final).

Un peu d’histoire

Mais aux débuts de l’automobile, personne n’avait d’idée puisqu’il n’existait pas de service marketing. On donna donc d’abord aux nouveaux modèles le nom de leurs caractéristiques techniques, et il y eut ainsi la Traction avant, la 2CV Citroën ou la 4CV Renault. Quelques années auparavant on avait aussi connu la Delahaye 4roues, la Panhard et Levassor 1 volant, la De Dion Bouton Batterie 12V et la Rolls Royce Manivelle double. Pour les garagistes, c’était du pain béni, le nom de la voiture leur donnait de précieuses indications et les réparations allaient bon train. Mais lorsqu’apparut la Fiat Panda ils restèrent perplexes, et les protestations de la clientèle dont ils bourraient le réservoir de feuilles de bambou obligèrent une nouvelle fois à modifier les choses.

Après une période de confusion on convint alors d’ajouter des sigles significatifs à l’arrière des berlines, et apparurent ainsi les mentions GT, TDI, HDI et autres 16V.

Au bonheur des garagistes : le secret des pros enfin dévoilé

En effet, lorsque vous tombez en panne bêtement à un carrefour, comment allez-vous être réparé ? Imaginez que sur votre voiture il soit mentionné 4X4, cela veut dire 16 soupapes (moteur à 4 cylindres avec chacun 4 soupapes). Certes, vous ne savez pas à quoi sert une soupape et vous moquez bien de connaître leur nombre, de même que la longueur du câble d’embrayage ou le nombre de ressorts à boudin. Mais le garagiste, y avez-vous songé ? Pour peu que vos 16 soupapes aient toutes grillé en même temps et que lui n’en aie que 15 dans sa caisse à outils et vous voilà grosjean comme devant. En arrivant il fera le tour du véhicule, regardera le sigle à l’arrière et vous dira : "Bon, faut remorquer". C’est un professionnel.

Voici donc enfin expliqués les sigles secrets des garagistes. Pour votre information et votre culture générale nous vous donnons en fin d’article la liste des principales abréviations, mais si vous n’êtes pas un professionnel de la mécanique cela ne vous servira pas à grand’chose. Encore que, lorsque vous amènerez votre véhicule pour l’entretien, vous pourrez montrer que vous n’êtes pas un néophyte. En remettant les clés de votre Clio HDI, glissez négligemment dans la conversation que vous êtes assez satisfait de l’Hyper Découplage à Induction, le garagiste n’en croira pas ses oreilles !

Un conseil : si vous voulez en savoir plus, achetez La voiture, mais c’est très simple ! par Jean-Paul Grothier (Editions du père Fouras). Tous les garagistes vous traiteront avec respect.

Les principaux codes secrets des garagistes

Par ordre alphabétique :
- ABS : Alternateur à Bio Synthétisation
- CV : Culbuteur Vibryonique (2CV : 2 Culbuteurs Vibryoniques, 4CV : 4 Culbuteurs Vibryoniques)
- GT : Gyrodécoupleur Thermorégulé
- GTI : Gyrocompresseur à Thermodécouplage Indétectable
- GTX : Gyroduplexeur à Transdécouplage eXtrème
- GL : Gyrophare de Linéarité
- GPS : Gradient à Pulseur Synthétique
- TD : Transmetteur à Déphasage
- TDI : Transducteur à Découplage Intermittent
- TDI (avec le I rouge) Turboinverseur à Désynthétiseur Inductif
- HDI : Hyper Découplage à Induction
- V6 : Variateur à 6 plots
- V12 : Vrillage sur 12 positions (siège conducteur)
- 16V : Batterie 16 volts (Peu répandue : ordinairement une batterie 12 volts accouplée à une batterie 4 volts)
- 4X4 : 16 soupapes (4 cylindres avec 4 soupapes chacun)

Note : les différents chiffres qui apparaissent seuls (par exemple 5.1, 7.5, etc.) concernent la pression des pneus à respecter. Vous le saurez pour la prochaine fois !

Pour voir la Trabant Porte-Buffles : Tant qu’il y aura des buffles