Une strip-teaseuse qui faisait du Peep-show a déposé une plainte devant le tribunal des prud’hommes après avoir été licenciée. Elle base sa requête sur le fait qu’elle ne peut pas être considérée comme une intermittente du spectacle, non pas parce que son spectacle est continu, mais parce qu’un spectacle demande un public, et qu’un Peep-show se fait devant une seule personne, qui n’est donc pas un public.

Voilà un débat qui concerne le Rien au plus haut point, car à la fin de sa prestation, la strip-teaseuse ne porte plus rien. Et c’est là où le bas blesse, ce qui est impossible car comment un bas qui n’est pas porté peut-il blesser ?

Disons-le tout net, pour être strip-teaseuse, on n’en est pas moins homme - ou plutôt femme - ce qui veut dire que comme tout un chacun, ces demoiselles ont des hauts et des bas. Mais profession oblige, bien sûr, jamais les deux à la fois. La strip-teaseuse qui a un haut est nue en bas, et celle qui a des bas peut très bien n’avoir rien d’autre nulle part ailleurs, donc rien en haut.

Un spectacle très intermittent.

Soyons précis : lorsqu’on assiste à un Peep-show, on en veut, du chaud ! Et donc des dames court-vêtues car, paradoxalement, plus c’est court plus on a chaud. Cela suffit-il ? Que nenni (et non "que nénés" comme on l’entend quelquefois, par abus de langage) ! Contempler du court c’est bien, encore faut-il que ce ne soit pas trop long. Si le court perdure, c’est dur, il faut couper court, et on n’en a plus pour son argent. D’où l’intermittence qui dure pour que ce ne soit pas trop court. Ainsi la strip-teaseuse mène-t-elle son spectacle.

Bien, mais où le spectacle s’arrête-t-il, voilà la question. Car point ne suffit de venir vêtue, jusqu’où se dévêtira-t-on ? Dans un Peep-show, c’est simple : le spectacle se termine quand il ne reste rien. Et qu’alors c’est le plus chaud. Aussi, si la strip-teaseuse veut faire plus court - pour aller par exemple faire ses courses, ou assister à un cours (les strip-teaseuses sont souvent des femmes au foyer qui s’ennuient ou des étudiantes qui ont besoin d’argent) - elle s’habille très court et arrivera plus vite à la fin. Mais comme elle gagnera moins, elle a intérêt à ce que ça dure, ce qui n’est pas très dur car il lui suffit d’être vêtue plus long. Enfin, elle dispose d’une autre arme, c’est, entre deux vêtements qu’elle ôte, d’arrêter d’ôter. Elle tourne, elle vire dans sa petite cabine, elle fait monter la pression, bref, elle ne se déshabille que par intermittence.

Nous y voilà : le strip-tease semblerait donc bien être, fondamentalement, un spectacle intermittent. Ce dont on peut s’assurer facilement en poursuivant la strip-teaseuse après son spectacle., car alors elle se rhabille, rentre chez elle, et à peine arrivée se coule un bain chaud et se déshabille. Sans intermittence cette fois car elle n’a plus de spectateur.

Intermittente ou pas ?

A la lumière de ce qui précède, doit-on cependant en déduire que, si le strip-tease est un spectacle par essence intermittent, la strip-teaseuse est une intermittente du spectacle ?

D’un certain point de vue, oui. "Ne peut intermitter que celui qui est intermittent" dit la loi du 19 juillet 1881 : "Défense d’afficher". Se déplaçant de spectacle en spectacle, la femme qui se déshabille est ainsi obligée de se rhabiller entre les représentations, ce qui la conduit à intermitter, mais seulement par intermittence. Cependant, à y regarder de plus près (ce qu’on ne manque pas de faire devant ce genre de spectacle) on se demande si l’intermittence, à force de se poursuivre, n’acquiert pas une sorte de continuité qui lui fait donc perdre son intermittence. La strip-teaseuse serait donc, en dernière analyse, une intermittente dans la continuité, et ne peut donc prétendre au statut d’intermittente du spectacle. Dont acte.