Il y a déjà quelques jours, le Maire de Mende (48000) s’émouvait d’une levée de boucliers provoquée par l’éventuelle installation d’un distributeur rapide de nourriture (traduction littérale) sur sa commune. Il terminait son propos dans le journal local (Midi Libre) par le slogan : « il est interdit d’interdire ».

Repères alimentaires

Le devoir d’un maire est de se conduire comme un bon père de famille envers ses administrés. Force est de constater que dans les populations soumises à la tentation du menu hamburger, beaucoup d’administrés deviennent sanitairement sinistrés. Un maire, à fortiori médecin, ne doit-il pas protéger ses ouailles, comme une mère protège ses enfants des risques encourus pour la santé ? Même s’il est des mères qui amènent leur progéniture dans ces lieux à la cuisine peu amène où mauvaise alimentation et obésité font la paire (et la mauvaise haleine).

Plutôt que de jouer la santé publique à la roulette russe comme cela se fait à la Tsar-académie et pour éviter de commettre un impair, le Maire aurait pu donner des repères alimentaires élémentaires, comme le fait son confrère le cher Docteur Watson. Au lieu de ça, il se fourvoie dans une rengaine incroyable aux relents libertaires. Avouez qu’appliquer l’interdiction d’interdire, vieux slogan libertaire, à un symbole du libéralisme contemporain, c’est un peu fort de coffee. Bakounine, Louise Michel et Auguste Blanqui, du fond de leurs tombes vont avoir du mal à avaler ces salades. L’anarchie culinaire, c’est la soupe populaire par souci des miséreux. La distribution, payante et chère de chère pas bonne, c’est en quelque sorte nous refaire le coup de l’auberge de Peyrebelle, repaire où le consommateur appâté finissait en chair à pâté.

Le bon grain de l’ivraie

Mais l’impair est malléable. Il est toujours temps que le Maire démêle le bon grain de l’ivraie. Il est vrai que le bon train de la modernité pour le Gévaudan ne peut passer que par la gare de la Saine Nourriture Certifiée Fraîche et non pas dans le gain facile d’amères thunes poussant sur une jachère gastronomique. Il ne s’agit pas de tomber dans un sectarisme qui ne s’amarrerait qu’à une nourriture gabalement cachère car l’amarre est chère, mais il ne faut pas non plus sacrifier l’agneau de Dieu sur l’autel des ventes, et il n’y a que du bœuf dans les hamburgers. Si le temps du veau d’or s’abat sur la Lozère, on va être dans la mouïse.

Ceci dit, la formulation choisie semble surtout relever d’un verbal effet Maire. Souhaitons que ces projets restent aussi chimériques qu’éphémères. Sinon, que diront les générations futures du Maire d’alors ?

Lozérix - En chair et en hausse.