Michel Ragon a écrit un très bon livre : les coquelicots sont revenus. Description de la fin d’un monde, son récit est aussi un cri de révolte pour que la terre ne meure pas. Le titre au charme bucolique ne doit pas faire illusion, c’est la tragédie de la mort de la paysannerie. Écrit il y a quelques années, il n’y aborde pas ce phénomène dont on parle de plus en plus qui est la modification climatique. Entre l’évolution vers une agriculture uniquement basée sur des exploitations gigantesques de haute technologie d’un côté et ces changements climatiques de l’autre, quel est l’avenir de l’agriculture Lozérienne ?

Adieu les cèpes, bonjour les ceps

Les changements climatiques sont de mieux en mieux évalués par les scientifiques qui en prévoient les conséquences funestes à très court terme, on parle en dizaine d’années, voire moins. Il est ainsi attendu une remontée du climat méditerranéen vers nos hautes terres. Qu’adviendra-t-il alors des plantations de blé ? Elles vont rôtir au soleil ou se coucher sous les orages ? La dernière sécheresse où dès juin l’été est parti chaud, en a laissé plus d’un sur la paille, augmentant encore leur déficit d’oseille. Sécheresse qui par contre épargna le Crédit Arboricole, toujours aussi prompt à réclamer le paiement des emprunts. On objectera que les paysans cévenols, caussenards, d’Aubrac et de Margeride pourront abriter leur nouvelle misère derrière une feuille de vigne, plante qui prospère sous le climat méditerranéen. C’est vrai que si certains arrivent à produire du pinard, ils mettront un peu de beurre dans leurs épinards. Adieu les cèpes, bonjour les ceps. La vigne c’est l’oraison de l’alcoolique, mais c’est aussi les raisins de la colère quand les marchés sont saturés. C’est toujours les raisons de la colique quand les grappes sont sulfatées. N’empêche que rien n’est plus terrible pour un paysan que de plonger ses mains dans un sillon de matrice nourricière et d’être atterré en regardant sa paume de terre devenant stérile, qui à la place des pommes d’amours et des patates, ne produira plus que les pommes de la discorde.

De nouveaux sésames

Faute de blé, il va falloir trouver de nouveaux sésames pour entrer dans cette nouvelle ère qui verra les aires de battage obsolètes. La modification sera telle que cela va faire un sacré foin. Quelle reconversion possible lorsque le romarin envahira nos champs ? Romarin qui n’a de marin que le nom puisqu’il pousse en zone sèche, zones où soit dit en passant à chaque printemps l’eau tarit et les poissons trépassent. Dans nos ruisseaux et jusqu’à la pisciculture de Langlade, les alevins passeront directement dans ces limbes où pour leurs âmes sonne un glas qui ferait froid dans le dos s’il ne s’agissait pas de canicule. Et si les cours d’eau et lacs se transforment en boue envahie d’algues, qui va se baigner dans cette eau mate et verte. Il en sera aussi fini de la si goûteuse baie de cynorrhodon, plus de gratte-cul mais un casse-tête pour faire les tartines. Il reste bien les flocons d’avoine, mais ça demande un certain courage.

Il y a du bouleau

Cerise sur le gâteau, la pénurie annoncée d’eau. L’eau, ce sang de la terre, est un enjeu majeur. Que va devenir cette nouvelle AOC d’oignons doux qui fait la fierté de nos marches du sud ? Cet oignon de la force des Cévennes qui réclame beaucoup d’eau va finir en pelure sur lesquelles on ne pourra que pleurer. Et les exemples sont nombreux d’activités agricoles qui vont finir dans les choux. Qui dit manque d’eau impose aussi de garder une poire pour la soif, espérons que les poiriers ne seront pas altérés sinon nous ne serons pas désaltérés. Tout cela pour que quelques fumiers pollueurs et narcissiques poursuivent leurs dégueulasses et lucratives activités au mépris d’une atmosphère qui déjà ne sent plus la rose. Toujours est-il que les bois de justice que ces affreux méritent largement, s’ils devaient être redressés seront de cade ou d’olivier, ce qui n’est pas pratique car ce bois peut plier.

Il y a du bouleau pour arrêter et infléchir le mouvement. Après la semeuse qui ornait les pièces de nos anciens francs, voilà la Faucheuse qui va décimer les paysans, les consommateurs, et tous les citoyens qui n’auront plus qu’à bouffer les pissenlits par la racine et autres joyeusetés qui ne valent pas un radis. En vérité je vous le dis, loin de vous raconter des salades, si rien ne change, on risque de sucrer les fraises. Ce n’est pas le moment d’avoir du sang de navet dans les veines, mais plutôt d’avoir la pêche, pour mettre des châtaignes. Car l’avenir, ça ne compte pas pour des prunes ! Debout ! Il n’y a pas d’heure pour les betteraves !

Sans compter que chaleur et sécheresse vont anéantir les petits bosquets où une légère humidité fait de si moelleux tapis d’ample mousse. S’ils disparaissent, adieu les romantiques pelotages sylvestres.

Lozérix - Hallali devin.