Exhaustif, remarquable, imparrrrable, (un adjectif qui ne manque pas d’r), Alain Juppé a porté haut et loin l’étendard du Rien lors du Procès des emplois fictifs du Air-Pet-Air.

Car Alain Juppé, vous pouvez le lui demander inlassablement, il ne sait RIEN. Pas au courant, le Juppé. Moi pas savoir. Toi poser autre question.

Sauf que pour qu’il y ait emploi fictif, il faut qu’il y ait emploi, non ? Par exemple, de 1989 à 1993, deux sociétés privées ont pris en charge le salaire de sa propre secrétaire personnelle au parti, Claude Le Corff.

"Ah, bon ? …Tiens ! …Et vous êtes sûrs de ça ? Alors vous devriez interroger les administratifs, ceux qui s’occupent des salaires du Rassemblement pour l’Arrêt Public monsieur le juge. Moi yen a être ignorant de toutes ces magouilles, moi yen a être propre, monsieur le juge. Vous insistez ? Allez, circulez, ya RIEN à voir. Ou j’appelle Sarko !"

Circulez, ya RIEN à voir !

Pôvre Alain, ex premier ministre largué par son chef de président, il n’a vraiment pas de chance ! D’abord on le nomme, puis on le vire, enfin on l’accuse. Et de quoi, grands dieux ? D’avoir été au courant. Et au courant de quoi ? Eh bien que des gens étaient employés fictivement, c’est-à-dire que des personnes siégeant au sein du parti dont il était l’un des responsables étaient payés par des sociétés comme Bouygues. Mais comment il aurait pu faire pour le savoir, le Juppé ?

Ben moi, je le comprends. C’est pas lui qui s’occupe des salaires, du prix des gommes et de l’achat du café pour la machine. C’est pas lui qui fait les photocopies et qui répond au standard, c’est pas lui qui s’agite. Lui, il émarge. Il paie pas. Et donc il ne connaît qu’un salaire, le sien. Qu’un pouvoir, celui de Rassemblement pour le Ramassage. Il ne va pas s’embarrasser avec des détails, non ? Sachez-le, il ne fait jamais dans le détail, monsieur Juppé.

Oie-loue 2003

A l’association RIEN, nous avons été émus. Voilà un ancien premier ministre, un haut responsable, un homme politique de premier plan, en principe au courant de tout de par ses fonctions, donc injustement accusé, odieusement traîné dans la boue. Il est dans les hautes sphères, ce gars-là, vous comprenez ? Avec des secrétaires partout, des chefs de cabinet dans tous les coins, des notes, des compte-rendus, des rapports et tout et tout. Donc s’il vous dit qu’il ne sait pas, c’est qu’il ne sait pas, c’est qu’il était impossible de savoir. Là dessous il y avait la CIA sans doute. Ou le FBI. Le Kremlin, tiens, et le KGB. Ou tous ensemble, à garder le secret si bien gardé.

Et le juge qui remet ça, incroyable, non ? Qui ajoute que Bouygues avait assuré de 1989 à 1991 le salaire d’un de ses conseillers personnels, Jérôme Grand d’Esnon. "En plus ?" qu’il a demandé, monsieur Juppé. "Vous êtes sûrs de ça ?" qu’il a ajouté, monsieur Juppé. "Parce que sinon, moi, je vous accuse de diffamation envers le parti, attention !" qu’il a pensé, monsieur Juppé. "Et je vous envoie mon copain Sarko" (mais ça, il l’a pas dit car Sarko c’est pas vraiment son copain).

Mais le juge était formel. Quid de la rémunération d’une trentaine de permanents du RPR par des entreprises, monsieur Juppé ?
- Alors là, c’est pas moi, c’est lui. Mon directeur de cabinet, Yves Cabana. Il ne m’a jamais parlé de ces faits, sinon je l’aurais contraint à régulariser la situation.

Et Yves Cabana, interrogé comme témoin, qu’est-ce qu’il dit ? Oh, RIEN non plus. Simplement que le système des emplois fictifs était connu de "tout le monde" au RPR dès 1988.

De "tout le monde", oui. Mais pas de monsieur Alain Juppé. Monsieur Alain Juppé, ce n’est pas "tout le monde". Qu’on se le dise.

Et d’ailleurs, il vient de recevoir un Oie-loue pour son action envers le RIEN. Félicitations, car c’est un prix fictif. Un vrai.