Dur-dur pour un pape qu’on appelle ici bas "Sa Sainteté" de ne soudain plus l’être post mortem. Mais ainsi va la vie, malgré la dévotion des foules, Sa Sainteté sur Terre ne peut vraiment devenir saint au ciel et au calendrier qu’après un procès en béatification.

Le 2 avril 2005, Jean Paul II qui régnait sans partage sur l’église catholique est allé rejoindre son mentor Dieu le Père, à qui il avait consacré sa vie. Mais si les âmes des justes accèdent au Paradis une fois abandonnée l’enveloppe charnelle, il faut tout de même, pour devenir Saint c’est-à-dire s’assoir à la droite de Dieu, en avoir fait un petit peu plus ici bas. Autrement dit pour être déclaré Saint, un Pape a besoin de miracles.

Le 1er mai 2011 Jean-Paul II a finalement eu ses miracles validés, et subséquemment été béatifié : son âme allait rejoindre Dieu. Moment délicat où, jusque là hébergée chez Saint Pierre, l’âme en attente doit quitter le Paradis pour émigrer vers les instances supérieures et rejoindre St Thomas, St Paul, Saint Barnabé, et vraisemblablement aussi Saint Frusquin, assis à côté de Saint Glinglin qui attendait depuis fort longtemps on ne sait quoi sans trop y croire. Curieusement le Vatican n’a pas communiqué sur ce dernier voyage que nous aurions bien aimé connaître. Voici donc l’enquête exclusive menée par les reporters du Rien…

Au numéro 1 avenue du Ciel

C’est là que reçoit Dieu en personne lorsqu’un nouveau saint arrive en droite ligne de la Terre. Prévenu par mail ou par un twit Dieu le Père fait remplir les frigos et ouvre une bouteille de champagne pour accueillir le nouveau venu.

Ce n’est vraiment pas tous les jours qu’un invité de marque se présente dans la demeure divine et on en vient à imaginer les embûches de la mission. Quitter le Paradis pour le Ciel d’au dessus implique de connaître le trajet à emprunter, les moyens de locomotion, la durée (faut-il emporter un pique-nique complet ou un sandwich peut-il suffire ?). Le Saint une fois promu et obligé de franchir la dernière étape, comment et par quels moyens arrive-t-il à destination ?

Le TGVIP

C’était là la première question de nos enquêteurs : qu’y a-t-il au Ciel comme moyen de transport ? La voiture à chevaux, ou bien l’électrique ? La motocyclette (qu’on imaginerait mal enfourchée par notre défunt Pape, sa grise chevelure flottant au vent) ? Le tramway, avec des caténaires tintinabulant dans les nuages ? Ces outils véhiculaires énergivores sont-ils présents là-haut, ou bien est-on a contrario dans la droite ligne du développement durable ? Doit-on prendre son vélo pour arpenter les pistes cyclables célestes, et pédaler pour monter au Ciel ?

D’après nos envoyés spéciaux, rassurons-nous. Tout a été prévu et on est toujours très bien accueilli chez Dieu le Père. Il existe un TGVIP (Train à Grande Vélocité pour l’Intercession Papale), spécial "Sa Sainteté" – dont le plafond a été peint par Michel Ange – qui venant du Paradis s’arrête uniquement au terminus. Ses portes s’ouvrent devant le trône où siège le Créateur pour laisser descendre l’heureux élu. Un tapis rouge se dévide automatiquement jusqu’au trône céleste de manière à ce qu’il soit inutile de demander son chemin.

Petit détail : pour être dans le ton, les anges en font des tonnes. "Très Saint Père par-ci, Très Saint-Père par-là, Votre Sainteté devrait prendre un peu de ce calice ! Et pourquoi non ? mais si, boire…" Gabriel tutoie le Pape et l’appelle par son prénom "Jean-Paul, donne moi ta tiare que je la mette au vestiare…". Et notre bon Pape se sent tout ragaillardi. D’autant qu’ayant abandonné au Vatican son corps un peu délabré il retrouve une nouvelle jeunesse comme tous les Saints le font.

Une nouvelle jeunesse céleste

En effet, et ce n’est pas la moindre surprise de nos reporters, les Saints n’arrivent pas à la demeure divine dans l’état de leur mort terrestre. Si on y réfléchit c’est même très naturel, songeons à ceux qui ont été brûlés vifs comme Jeanne d’Arc, décapités comme Saint Denis ou Saint Valentin, ou écartelés comme Saint Hippolyte : les imagine-t-on se présenter ainsi devant le Seigneur et former ensuite autour de lui une colonie d’éclopés ? Peut-on croire que Saint Denis, tenant sa tête sous son bras, va deviser célestement ad vitam aeternam avec Dieu, le regard au niveau de la ceinture ? Ou que Jean Paul II va questionner les âmes au jour du Jugement Dernier avec la pénible élocution de ses derniers moments ? Outre que cela risquerait de durer une éternité, c’est évidemment inconcevable.

Ce que nous ont appris nos reporters c’est que chaque âme de Saint nouvellement promu peut prendre au Ciel l’apparence d’un autre âge de sa vie qu’il choisit librement. C’est ainsi que Saint François d’Assise avec son visage de vingt ans s’empresse désormais beaucoup auprès des Saintes. Et que le Pape Innocent III a retrouvé à 4 ans l’âge de l’innocence, lorsqu’il aimait à se fabriquer ces étranges petits chapeaux que l’on voit sur cette image.

Innocent III à 4 ans aimait à se déguiser

Saint Jean-Paul II a, lui, choisi de ressembler pour l’éternité au jeune prêtre qu’il était à 30 ans, plein d’avenir. Si vous vous rendez au septième ciel, vous le reconnaîtrez, voici son portrait. Peut-être coiffé d’une auréole mais uniquement s’il pleut…