Des milliers d’entreprises ou d’associations se créent chaque année pour proposer des services aux particuliers. Sur un coup de fil on peut ainsi faire repasser son linge, tondre sa pelouse, se faire aider dans la vie quotidienne lorsqu’on est handicapé ou personne âgée, bien en peine d’aller pousser son caddie. Ryanair innove une fois de plus avec une trouvaille révolutionnaire : après l’aide "à la personne" voici l’aide "à personne". Explications.

Travailler moins pour gagner plus, la recette Ryanair

Nicolas Sarkozy en est resté coi : "Travailler plus pour gagner plus", c’était sa pub, son idée géniale destinée à remettre les français au travail. "Vous avez besoin d’argent ? Restez plus longtemps au bureau et vous aurez plus d’euros en fin de mois" disait-il en substance à ses concitoyens. Ryanair a aussitôt pris le train en marche, ou plutôt l’avion au décollage, mais dans l’autre sens. Son raisonnement est simple : tout ce que les gens considèrent comme allant de soi, donc gratuit, il suffit de le faire payer. Ainsi, en travaillant moins Ryanair gagne beaucoup plus. L’idée s’est avérée très rentable.

Ainsi par exemple vos bagages de soute étaient jusqu’à présent gratuits : vous aller maintenant payer la moindre valise en plus du prix du billet. De même votre collation, votre verre d’eau, votre couverture de nuit, vos sacs à vomir, j’en passe et des meilleures…

Le 17 novembre un avion Ryanair en provenance du Maroc n’a pu se poser comme prévu à Beauvais à cause de son retard : aéroport fermé. L’équipage décide alors de larguer tout le monde par les hublots au dessus du terrain. Malheureusement cette solution doit être abandonnée : peu de passagers savent voler et il n’y a pas de parachutes à bord. Aussi l’avion se détourne-t-il vers Liège, à 450 km de là. Cas de force majeure…

Une compagnie de "Gros C…s" (traduction de Low Cost en Irlandais).

Dans ces circonstances n’importe quel passager penserait que la compagnie se doit de lui fournir une collation pour s’excuser, le loger dans un hôtel pour la nuit, et le rapatrier à Beauvais le lendemain… Mais tout cela coûte de l’argent, et Ryanair est une compagnie "Low Costs" (traduisez "Gros c…s"), qui n’a pas les moyens de vivre – en dehors des royalties et autres subventions des municipalités des aéroports qui l’hébergent. L’équipage quitte donc le navire et s’en va, non sans emporter les boissons du bord et fermer à clé les toilettes (le PQ "aviation" coûte la peau des fesses).

Vous voilà donc bloqué dans un avion sans ailes (c’est-à-dire cloué au sol, moteurs arrêtés, pas de chauffage, WC bouclés, rien à boire ni à se mettre sous la dent), sur le parking de Liège (Belgique) au lieu de Beauvais (France). Ryanair permet pourtant d’habitude, moyennant supplément bien sûr, de s’offrir des à-côtés sonnants et trébuchants… Mais là, impossible, l’équipage est parti. La soirée risque d’être longue. Elle a duré jusqu’à 3 h 30 du matin.

C’est ce que l’on appelle le "Service à Personne" breveté par Ryanair

Quelques jours auparavant, la compagnie avait annoncé un bénéfice net de 424 millions d’euros au premier semestre (+ 13,5 %). Travailler moins pour gagner plus ? Ça marche !

Quand le papier toilettes sera-t-il payant ?

Voilà une bonne question, en effet. Pas si saugrenue que cela puisque Ryanair a déjà envisagé de faire payer l’accès aux toilettes durant le vol, sans préciser si le papier était prévu ou en option… Aussi en tant que spécialistes du RIEN nous avons gambergé pour aider Ryanair à glaner çà et là qualques suppléments bienvenus. Et découvert que le passager avait, sans bourse délier, tout un tas de choses gratuites. Quelle horreur !

Les toilettes et leur papier, les sièges passagers, l’air que l’on respire, réchauffé et filtré, l’accès aux coffres à bagages, les sac à vomir, les Life Vest, l’oxygène en cas de décompression, le personnel de bord, que sais-je encore, tout cela est compris dans le prix du billet ! Quel manque à gagner, n’est-ce pas ?

Faisons une petite incursion dans le futur. Bientôt chez Ryanair, après avoir imprimé votre billet chez vous (si vous n’avez pas d’imprimante cela vous coûtera 30 euros) vous allez payer le droit d’entrer dans l’avion, le sourire de l’équipage, le siège à bord, la ceinture de sécurité, la veste de sauvetage en cas d’amerrissage, le masque à oxygène (débit minimal : 1 euro le m3, 5 euros pour les asthmatiques), l’escalier de descente à l’arrivée (à Marseille on n’utilise pas les couloirs de débarquement mais on marche sur le tarmac, c’est moins cher pour la compagnie).

Les annonces en cas d’urgence seront donc modifiées :

"En cas de dépressurisation les masques à oxygène tomberont devant votre visage dès que vous aurez glissé 10 euros dans la fente au dessus de votre tête. Si vous n’avez pas de monnaie on accepte des billets d’un montant supérieur. Si vous n’avez pas d’argent vous devrez sauter dans le vide. En cas d’amerrissage forcé, les vestes qui sont sous votre siège pourront être débloquées après versement de 30 euros, en espèces uniquement. Les chèques ne sont pas acceptés. Les voyageurs ayant au moins 10 euros pourront nager jusqu’aux embarcations, ceux n’ayant pas de ressources devront aller jusqu’à la côte.

Nous vous remercions de votre attention."