Quasiment inconnue, la religion Halaï (qui a foi dans le Dieu Poirot, celui qui a créé le monde en sept saisons) vient enfin d’avoir son premier restaurant, "Que Pouic". Les adeptes de cette croyance y trouveront enfin de quoi se nourrir en respectant les rites extrêmement stricts d’abattage des légumes, garantis par la firme.

Chaque religion n’autorise qu’une seule nourriture.

On connaît la religion juive et les contraintes de la nourriture kasher : les animaux sont soumis à un abattage rituel, et ils doivent avoir été nourris exclusivement avec des produits végétaux. Les seuls animaux autorisés pour l’alimentation humaine sont les mammifères ayant des sabots fendus. Les poissons doivent avoir nageoires et écailles, les seiches, langoustes, homards sont proscrits. Et il est interdit de mélanger du lait et de la viande, même avec beaucoup de poivre…

Les musulmans ont d’autres contraintes : l’abattage de la viande halal demande que la tête de l’animal soit tournée en direction de La Mecque, et il est interdit de consommer du porc.

Quick, la firme de nourrissage à base de sandwichs nécessiteux a ainsi créé plusieurs points de vente respectant la coutume halal.

Cependant les adeptes de la religion Halaï ont protesté, réclamant à leur tour un respect de leur foi. Il viennent d’être exaucés avec Que Pouic, un nouveau restaurant qui vient d’ouvrir dans un petit village de la Creuse.

Halaï, la nourriture qui fait du bien !

Exclusivement végétarienne, la nourriture Halaï respecte les préceptes d’une religion aussi vieille que le monde, donc de bon aloi. Rappelons-en quelques-unes des croyances.

Pour les Halaïtes, le Dieu Poirot aurait créé le monde en sept saisons, sept jours et sept km/h dans la ville de Sète, et il a interdit de consommer :
- tout ce qui est impur, c’est-à-dire les animaux, les rochers, les troncs d’arbres et les barreaux de prison.
- et tout ce qui est d’origine divine, c’est-à-dire le poireau et l’omelette aux cèpes (Le Dieu Poirot qui ne mesurait en effet que 50 cm était moqué par ses copains qui le traitaient "d’omelette", ou petit homme. Et il haïssait les cèpes à cause du velouté que sa maman l’obligeait à manger chaque soir lorsqu’il était enfant).

Dans le paradis originel le Dieu Poirot avait créé Rahan, le premier homme, à partir d’une feuille de choux. Et Rahanne, la première femme, à partir de pétales de roses. L’endroit était pourvu d’une nourriture abondante pour tous les êtres vivants, sous forme de fruits, de légumes, de beurre breton et de gisements inépuisables de pâte à pizza.

Les extraterrestres de la planète Aï

Hélas, le Dieu Poirot dans sa toute puissance avait oublié un détail : des OVNIS apparurent un beau matin dans le Paradis Sétois, d’où débarquèrent des extraterrestres velus, très laids, munis de quatre pattes et d’une queue et provenant de la planète Aï.

Aïe l'extraterrestre !

Extrêmement paresseux au point de dormir quasiment toute la journée sous les arbres, les Aï dont la devise était "Six sétois, c’est donc ton frère" avaient repéré la belle colline languedocienne et son abondance de ressources, d’autant que les deux seuls humains qui y habitaient leur promettaient une faible concurrence. Ignorant tout cependant du Dieu créateur, les horribles Aï avaient mangé des huîtres de l’étang de Thau et des Tielles bien chaudes, leurs deux plats préférés. Devant le Dieu Poirot ils avaient alors accusé les humains de ce forfait.

Poirot, courroucé, ne fit ni une, ni deux, ni sept et ne chercha pas à comprendre. Il condamna Rahan et Rahanne à désormais cultiver leurs champs eux-mêmes sans tracteur et à surveiller les devoirs de leurs marmots chaque soir après le boulot. Ils devraient en outre les envoyer à l’école jusqu’à leur majorité dès que Charlemagne serait apparu.

Le Rite Halaï, complexité et "strictitude"

Manger Halaï fait appel à des préceptes qui ne sont pas très simples, ce que les halaïtes appellent la "strictitude". En premier lieu il faut impérativement de l’aïl dans tous les plats, et surtout dans les croûtons à l’aïl. Un croûton à l’aïl sans aïl est considéré comme une insulte fait à l’invité à qui on le présente.

Tous les croûtons à l’aïl doivent être oints d’huile d’olive vierge première pression à froid de Haute Provence, ou du Sichuan, ou du champ le plus proche. Les légumes frais doivent avoir été abattus dans la nuit pour qu’il ne souffrent pas, mais lors de la pleine lune on doit épargner leur souffrance en couvrant leurs yeux comme dans les avions longs courriers. Seules les blettes peuvent être arrachées, si elles sont déjà blettes. Et on psalmodie pendant la cérémonie : "Tout ça ne vaut pas un radis".

"Celui qui a le plus de blé imposera sa loi" est-il précisé dans le livre sept (qui comporte deux pages de plus que le livre cinq). Il faut séparer le bon grain de l’ivraie et de la salsepareille, quant aux tournesols ils suivront le soleil cap au sud et pas seulement dans la direction de la Mecque, de Rome ou de Jérusalem.

Des coutumes traditionnelles complexes.

Plusieurs fois millénaire, la religion Halaï comporte de nombreuses règles dont certaines d’origine assez obscure. Ainsi les topinambours seront dégustés en même temps que les rutabagas, crus, lors de la fête des moissons, et distribués avec des tickets de rationnement. En mai les jupes voleront par dessus les moulins et à ce moment là seulement les carottes seront cuites. Elles pourront alors être troquées "une carotte pour un bâton", selon le rite Aïeaïeaïe.

Vers le mois de décembre se situera le Ramdam, ou la fin des haricots,. On devra alors faire pénitence en ne mangeant que les légumes fanés ou moisis, et il y aura interdiction de mettre des cerises sur un gâteau.

Enfin une fois l’an des Contractuelles (l’équivalent des prêtresses catholiques) distribueront des prunes et des châtaignes pour la purification. Des tomates seront lancées lors de représentations, qui réuniront tout le monde dans des paniers à salade.

Les dirigeants de Que Pouic ont assuré qu’ils allaient respecter strictement ces traditions séculaires. Souhaitons-leur une réussite importante et une couverture nationale rapide pour satisfaire tous les halaïtes, aux quatre coins de l’hexagone qui comme chacun sait en comporte six, et non pas sept.