On le sait, Greenpeace n’est jamais à court d’actions spectaculaires destinées à montrer qu’il faut agir rapidement pour "se battre contre le climat". « Si nous ne faisons rien, la terre va se transformer en une poêle à frire » a prévenu monsieur Rocard. C’est pourquoi trois activistes ont imaginé cette démonstration du danger couru par l’humanité en prenant la Tour Maine Montparnasse comme symbole… et comme otage ! Attentat heureusement déjoué par le gardien du parking.

« NON aux 4 cm de CO2 produits par l’homme »

Emmenés au poste de police après avoir été appréhendés dans un sous-sol de la tour parisienne, trois individus se réclamant de Greenpeace ont été surpris, pédalant sur des vélos de salon. Un tuyau dans la bouche, ils exhalaient précautionneusement leur souffle dans un énorme ballon de plastique posé au sol.

Des oriflammes déjà prêts à être suspendus sur les façades de la tour étaient peintes aux couleurs de l’ONG avec ces terribles vérités :

Non aux 4 cm de CO2 produits par l’homme. La tour la plus haute de Paris va souffrir, comme notre malheureuse Terre.

Interrogés par les policiers qui se demandaient quel pouvait être le lien entre ce slogan et leurs efforts, depuis presqu’une heure sur des vélos de salon, les hommes du commando ont expliqué que leur action était à but pédagogique.

« Nous voulons montrer aux parisiens l’avancée inexorable de la catastrophe climatique. Et nous avons choisi la tour comme symbole incontournable et manifeste de ce qui nous attend si nous n’agissons pas. »

Rétro-pédalage

- Mais pourquoi étiez-vous en train de pédaler ? ont demandé les policiers.
- En pédalant à 20 km/h environ l’être humain exhale près de 3,5 l de gaz à effet de serre par minute. Est-ce que vous vous rendez compte ? C’est épouvantable !
- Mais pourquoi est-ce que vous étiez en train de stocker ce CO2 dans ce ballon ? Vous comptiez en faire quoi ? ont demandé les policiers qui ne comprenaient toujours pas ce geste et se demandaient si le CO2 pouvait se transformer en explosif par une manipulation secrète.
- Sachez que la Terre contient en tout environ 40.000 Gigatonnes de CO2, entre l’atmosphère, les océans
- C’est énorme !
- Oui, énorme. Incroyable ! 40.000 Gt c’est le CO2 naturel, permanent.
- Et alors ?
- Eh bien l’homme produit lui-même, en brûlant les combustibles fossiles, 8 Gigatonnes de CO2. HUIT. C’est insupportable ! Alors nous avons cherché une image percutante pour les parisiens.
- Laquelle ?
- En imaginant que la tour Maine Montparnasse représente les 40.000 gigatonnes de CO2 sur ses 200 m de haut, sachez que l’homme produit, par rapport à ces 200m, pas moins de 4 cm de CO2. Vous vous rendez compte ? Ce n’est pas rien ! L’épaisseur du carrelage du rez de chaussée !
- Terrible ! Et le vélo il vous servait à quoi ?
- En étant trois à pédaler pendant un peu plus d’une heure nous espérions arriver à produire environ 70 m3 de CO2. Les fameux 4 cm.
- Et quelle était votre intention ?
- Eh bien en les répandant au pied de la tour, par exemple dans le parking, nous allons montrer que ces 4 cm vont provoquer un échauffement de plus de 2° en moins d’un siècle. Et ça, c’est terrible : la clim va exploser ! Croyez-nous, il est urgent d’agir.

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La tour symbole de Greenpeace
Si les 200 m représentent 40.000 Gt, les 4 cm de CO2 émis par l’homme représentent 1/100 de la hauteur d’un étage, soit 1/5000 de la tour elle-même.

Les policiers auraient, aux dernières nouvelles, relâché les militants interpellés et leur ont rendu leurs vélos.

« Ils ne sont certainement pas de Greenpeace a expliqué l’un des policiers. A trois ils produisent 10,5 l de CO2 par minute donc 630 litres en une heure. Pour arriver à leurs 70 m3 il leur faudra quatre jours au lieu d’une heure. A Greenpeace ils savent mieux calculer que ça ! Quoique… »

Magnanimes les policiers les ont même autorisés à placarder leurs banderoles sur la façade de la tour, à la condition de ne pas dépasser 4 cm de hauteur comme le CO2 produit par l’homme.

L’image de la tour présentée dans cet article nous suggère bien la proportion du CO2 d’origine humaine (4 centimètres) par rapport au CO2 d’origine naturelle (210 mètres). Il suffit d’imaginer une ligne horizontale de 4 cm d’épaisseur dessinée sur la façade. A l’échelle de cette photo c’est bien sûr totalement invisible mais Greenpeace invite tous les parisiens à louer un hélicoptère (électrique, bien sûr) pour aller contempler leur protestation affichée en pleine façade. A partir de 5 m de distance elle reste parfaitement lisible, et avec de bonnes jumelles on peut la lire de beaucoup plus loin !

Il semblerait que Yann Arthus-Bertrand ait décidé d’en faire une photo pour son prochain livre : "Le CO2 vu du ciel", et que Nicolas Hulot veuille tourner sa prochaine émission dans le parking, pour filmer les trois militants en train de pédaler.