Un entrepreneur m’avait un jour fait l’éloge des flux tendus. L’objectif était simple comme la Trinité : zéro stock, zéro défaut, zéro papier. Le Progrès nous y conduit doucement…

Wall Street et le règne du zéro

Le premier succès du Rien est déjà là : Wall Street dirige l’économie du monde en récompensant le nombre de zéros ! Pour la place New-Yorkaise plus il y en a, meilleur c’est : milliers, millions, milliards, trillions, trilliards sont de petites étoiles au firmament des traders, traderi-dera. Mais attention, à cause du phénomène du Gouffre de Madoff (le GM) on sait maintenant que les chiffres doivent s’appuyer sur une gestion et une fabrication optimisées. Avoir des millions de voitures à vendre plein ses parkings comme l’autre GM (General Motors) n’est plus un gage de prospérité. Ces stocks invendus sont de l’argent immobilisé, des matières premières et des ouvriers déjà payés, des voitures qui ne paient pas leur place de parking. Côté gestion c’est le côté obscur du zéro.

Aussi l’idéal exposé en préambule commence par le zéro stock : tout ce qui est fabriqué est livré. Ensuite si le produit est OK il n’y a pas de retour de marchandise, c’est le zéro défaut que les chinois ignorent béatement (la Chine est loin, comment retourner la marchandise, hein ?). Et si tout le monde est à la production au lieu d’être au bureau, on a zéro papier. On voit que le triple zéro côté industrie va tripler les zéros côté bourse. L’idéal économique c’est ainsi une entreprise qui fabrique un Produit Parfait Aussitôt Vendu Par Personne, le PPAVPP.

Et le moins devint un plus

Au début de l’ère industrielle, c’était cependant le plus qui faisait la qualité. Dans l’acier on ajoutait du chrome et du molybdène, dans la nourriture des conservateurs et des exhausteurs de saveurs, dans les cosmétiques des anti-âge et des repulpants. Le béton était armé, l’acide était chlorhydrique et le gâteau aux amandes. La proportion comptait beaucoup : chocolat à 70%, biscuit pur beurre, garantie à vie, 100% Javel. Les lessives contenaient des agents blanchissants, des enzymes gloutons et des azurants optiques, les yaourts de l’anti-cholestérol ou des oméga 3. Bref, monsieur Plus sévissait jusque dans les usines de chocolat. Chez Macdo on avait le McBig, chez Porsche la Carrera, et du côté des pompes à essence le super plus…

Et puis, et puis… il y a eu l’essence sans plomb.

Aucun philosophe ni épistémologue n’a disserté sur cette apparition soudaine du "moins", du "sans", du "pas de" au lieu du "plusss de", alors que les publicitaires s’étaient déjà emparés du concept.

Sans plomb, c’est mieux, hourrah ! Donc voilà le Coca sans sucre, le yaourt sans lait, la crème solaire sans paraben qui s’étalent sur les affiches. Allélouiah !

On a eu trop, il faut tendre vers le moins.

La mode est désormais à la pénitence, à la repentance, à la peur du rempli, du beaucoup, du verre plein qu’on préfère vide. Désormais on ferme les mines d’or qui donnent de l’arsenic, les centrales à charbon qui donnent du CO2, on enferme les Madoff et les Enron qui donnent plus de rendement. C’est le règne du moins, du sans, du pas du tout, des prêts à taux zéro. C’est l’émergence des idées creuses, le règne des crânes vides. Coca Cola zéro, soja sans OGM, riz sans cuisson. Bientôt on va rappeler les sans papier.

A l’association RIEN nous avions vu le vent venir, nous sommes donc en avance sur notre temps. Cultiver le oualou, on connaît bien, approcher le rien c’est notre destin.

Finalement à la prochaine assemblée générale on va augmenter les cotisations. Précurseurs de cette nouvelle mode nous avons montré la voie, pour les heureux adhérents ça sera toujours trois fois rien.