Tous les enseignants ont dû lire une lettre de Guy Mocquet à leurs élèves le 22 octobre, et l’on doit cet enrichissant apport à l’émotion ressentie par notre Bon Président Nicolas Sarkozy.

Les grandes émotions font les grandes destinées [1]

La promesse du Président de la République au lendemain de son élection a donc bien été tenue : dans tous les établissements de France et de Navarre a été lue une lettre de Guy Mocquet.

Les chefs ont toujours été une source de connaissance pour le bas peuple, et lorsqu’entre deux conseils des ministres nos gouvernants lisent un livre ils nous en délivrent ensuite la quintessence pour notre plus grand bénéfice. Les émotions ressenties par ceux qui nous gouvernent doivent ainsi nous être exprimées, et nous devons recevoir avec gratitude l’enseignement qui vient d’en haut.

Nicolas Sarkozy, notre Bon Président, souhaite ainsi nous montrer les textes qui l’ont touché car il sait ce que sa propre sensibilité peut nous enseigner. Le dernier sondage IFOP [2] acheté après contrôle par l’Elysée révèle d’ailleurs que 85,6% des français, qui épouseraient volontiers une belle italienne, prénomment leur garçon Nicolas plutôt que Ahmadinedjad ou Jaruzelski et que 87,8% des françaises appelleront leur fille Carla plutôt que Fatima ou Paris-Hilton. On apprend par le même canal que les ventes de talonnettes ont fait un bond significatif dès le lendemain de l’élection présidentielle.

Malheureusement après sa lecture édifiante de Guy Mocquet notre Président n’a pas précisé de quelle lettre il s’agissait. Le mystère planait et l’on s’est perdu en conjectures à ce propos : quelle était parmi les 9 lettres du nom celle qui a suscité l’émotion du Président de la République ? Il est surprenant de constater que la directive du ministère de l’Education Nationale n’a pas été plus précise, le ministre lui-même se contentant d’expliquer que les fonctionnaires étant des employés de l’Etat devaient se soumettre aux ordres.

Voyelle ou consonne ?

Il s’en est suivi une certaine confusion dans les établissements scolaires. La majorité des enseignants a choisi dans Guy Mocquet la lettre "U" qui y figure deux fois. Certains professeurs se sont donc exclamé "U ! U !" devant leur classe, tandis que d’autres se sont contentés d’un seul "Uuuuu !" plus long, modulé et décroissant – question sans doute d’interprétation et de pédagogie.

Le "O" est venu au second rang mais avec des modulations diverses, depuis le "Ooooooooo !" prononcé mezza voce jusqu’au "Ô !" bref, sans commentaire, affirmé nettement, d’un ton sec.

Enfin on ne s’étonnera pas que la dernière voyelle, le "É" qui s’écrit en fait "et" dans "Mocquet" n’ait quasiment été choisie que par des enseignants syndicalistes et contestataires, qui en prononçant d’une seule élocution deux lettres au lieu d’une ont manifesté leur désaccord habituel avec l’autorité (Le Président a en effet bien précisé "la" et non "les" ou "des" lettres de Guy Mocquet).

Reste le "Y", qui on le suppose par suite des risques de confusions avec le "i" n’a pas été utilisé.

Cinq lettres et le néant

Oui mais voilà : pourquoi ne pas avoir utilisé une des consonnes ? Personne n’a prononcé de "G", de "C", pas plus que "M", "Q" ou encore "T" devant un auditoire tout à l’écoute de la parole supérieure. Et des omissions aussi flagrantes ne risquaient-elles pas de provoquer de vives réactions de la Présidence (sans doute aussitôt photocopiées par le ministre) à cause de l’omission de ces 5 lettres importantes ?

Certaines hypothèses pourtant évoquées dans un article de fond du Figaro ont fait état d’une quasi-stupéfaction qui aurait saisi le petit élève Nicolas en classe de sixième, devant le problème des consonnes. C’est là qu’il aurait brusquement compris que "Mocquet" ne se prononçait pas du tout comme "Mosquée", une erreur qui lui avait valu tout au long de l’école primaire des zéros en récitation.

D’autres sources ont prétendu de leur côté que durant sa jeunesse, Nicolas élevé par une tante originaire du midi prononçait toujours les lettres finales. Il aurait prononcé "Moquette" au lieu de "Moqué" et n’aurait perdu ce défaut qu’en habitant Paris au moment de son adolescence.

Dangereuse omission, donc, qui d’après certaines rumeurs aurait fâché notre Président au point qu’il ait semble-t-il demandé au Ministre d’étudier une proposition de diminution de 30% du salaire de tous les enseignants.

Nous avons eu in fine la clef de l’énigme grâce à la commission sénatoriale Guy Mocquet réunie en urgence. L’émotion suprême a bien eu son origine dans une voyelle, c’est le "u" qui aurait bouleversé le jeune Nicolas. Son visage s’est illuminé, vers l’âge de cinq ans, lorsqu’il a compris que cet étrange "u" qu’il avait toujours prononcé ainsi transformait parfois la prononciation du "g". Adjoint à un "g", le "u" disparaissait pour se contenter de transformer le "g" semblable à celui de Gilles prononcé comme un "j", en un "g" comme on le dit dans "gare". "Guy" ne devait jamais se prononcer "Juy", c’était une révélation pour le jeune Nicolas qui avait toujours prononcé le mot "Guéridon" comme s’il s’écrivait "Juéridon" et se faisait sans cesse réprimander par sa maman sans comprendre en quoi il commettait une faute !

Une grande leçon est à tirer une fois de plus de cet enseignement supérieur : outre que de simples règles de prononciation peuvent générer de graves traumatismes dans l’esprit d’un jeune enfant qui, devenu Président des Français, pourrait en tirer ombrage, a contrario il peut en résulter un bénéfice extrêmement éclairant, digne d’être porté à la connaissance de tous les élèves de nos écoles.

Lecture le 1er mai de la table multiplication par 9 ?

Devant le succès rencontré par cette heureuse initiative présidentielle, les grandes institutions pédagogiques se sont penchées plus attentivement sur les émotions suprêmes. La discipline des mathématiques est en ce moment explorée, car notre Président a semble-t-il eu beaucoup de mal dans sa jeunesse à retenir la table de multiplication par 9. Cela lui aurait valu de la part d’un instituteur un peu strict quelques bonnets d’âne avec renvoi au coin, et les émotions de notre si sensible Nicolas l’auraient à chaque fois submergé. Après Guy Mocquet, ne pourrait-on lire devant les chères têtes blondes cette table rébarbative pour qu’il en tirent un enseignement concret ? Les lectures en seraient alors certainement assurées par les professeurs de mathématiques qui en retireraient certainement un prestige nouveau, et la date choisie pourrait être celle du 1er mai.

Les institutions nationales ont pour nouvelle tâche d’explorer plus avant d’autres émotions présidentielles (Quelle est la capitale de l’Australie ? En quelle année a eu lieu la bataille de Marignan ?) afin d’en tirer la substantifique moëlle.

D’enrichissantes lectures publiques sont donc à prévoir dans un avenir assez proche…

Merci Monsieur le Président ! Ce n’est certes pas de vous dont on pourrait se moquer !

[1] Auteur : le soldat inconnu

[2] Institut de Formation de l’Opinion Populaire