Le Mexique est un grand pays, par sa superficie, sa culture et son passé. Je ne ferai pas ici l’éloge des civilisations aztèques, zapotèques, chichimèques, mexicas, mayas ou zoques. Leurs vestiges architecturaux, mathématiques ou agricoles plaident suffisamment pour leurs grandeurs. Par contre, dans un recoin moins avouable des traditions mercantiles, j’ai trouvé une anecdote qui jette une ombre sur la probité de certains marchands.

Quand l’Aztèque tare tard

A l’époque précolombienne, dans le Mexique dominé par les Aztèques, les transactions commerciales se faisaient au coucher du soleil. Cette habitude n’avait pas de rapport avec le culte solaire, mais était due à une astuce des commerçants. La plupart des marchandises vendues étaient emballées dans des fibres végétales telles que le maïs, le yucca ou le cizal qui avaient la propriété d’absorber la moindre humidité. En pesant les marchandises et leurs contenants à la tombée du jour, l’air jusque là très sec se chargeait de l’humidité du soir, aussitôt absorbée par les fibres, augmentant ainsi la tare des produits pesés. C’est l’origine de l’expression « l’aztèque tare tard ».

René Char

Pays riche d’un passé glorieux, le Mexique l’est aussi par ses nombreux artistes contemporains et les styles qu’il a exporté, influencé ou inspiré. René Char était un poète surréaliste, ami d’André Breton, de Salvador Dali et du cinéaste Luis Buñuel. De retour d’un voyage au Mexique, pays du surréalisme, Breton et Buñuel offrirent à René Char une léporidé - de l’ordre des lagomorphes - de la sierra Tarahumara. Ils baptisèrent cette très jeune femelle lièvre Teck, du nom du bois précieux, faisant au passage un calembour surréaliste sur l’hase Teck. Malheureusement, la pauvre lièvre mourut bien vite, privée de ses aliments habituels que sont les pousses de maïs sauvage. Sous prétexte qu’elle était bébé, ils l’alimentèrent comme telle, nourrissant l’hase Teck de Char au lait.

L’Agave du crapaud ou l’agave de Pau

Civilisation précolombienne, siège d’un mouvement culturel intense de peintres et sculpteurs dès le XVIIIe, le Mexique est aussi le berceau de traditions multimillénaires en matière de boissons. Tequila, poch, rhum, pozol, charanda, mezcal, bacanora, à chaque État sa production type. Le pulque, encore plus que le tequila, est certainement un des produits traditionnels les plus emblématiques du Mexique. Son élaboration, de la récolte de l’agave jusqu’à la distillation, est un processus quasi religieux pour les amateurs. Tout a son importance, à commencer par l’âge de la plante qui fournit la matière première.

Pour faire un bon pulque, boisson particulièrement baveuse, il faut absolument utiliser une plante de la famille de l’agave et de l’espèce sapote, l’agave sapotera ou agave crapaudine, ainsi nommée car elle abrite souvent une variété de crapaud du désert. Et il faut récolter ladite agave avant qu’elle ne soit trop haute, c’est-à-dire ne doit pas dépasser 0,90cm à 1 mètre.

Un proverbe mexicain dit d’ailleurs : " l’agave du crapaud n’atteint pas la hanche de l’homme".