La Piscine Agglomérative d’Antigone à Montpellier vient d’entrer dans l’histoire. Désormais, à côté de "Marignan : 1515" il y aura "Antigone : 2009". Il est fabuleux d’assister en direct à des événements aussi historiques que la prise de la Bastille, la retraite de Russie ou aujourd’hui la photo de Georges Frèche dans Montpellier Agglomération. Mais le Rien va plus loin, et après une enquête fouillée de ses grands reporters il vous révèle aujourd’hui la face cachée de ces exploits qui feront date dans l’histoire de l’humanité piscinière agglomératrice. Voici les dessous de l’événement fabuleux qui vient de se produire devant l’objectif du photographe de la revue "Harmonie", magazine littéraire de premier plan.

Ils sont là, les deux hommes les plus rapides de la planète. Alain Bernard et Frédérick Bousquet, fièrement campés sur la couverture du numéro de "Harmonie" daté de mai 2009 (c’est dire si c’est frais !). C’est grâce à eux que la piscine d’Antigone entre dans l’histoire. Car une piscine qui entre dans l’histoire ce ne peut pas être pour avoir gagné la bataille de Trafalgar car elle se serait noyée, ni pour avoir bouté les anglais hors de France car elle aurait fini sur le bûcher et une piscine ça brûle assez mal, sinon pas du tout.

En page 6 de Harmonie, le magazine “d’informations” – c’est lui qui le dit – ce gros titre nous en flanque plein les mirettes. On remarque d’abord Alain Bernard, le mec au épaules si larges qu’il se cogne sans cesse aux lignes d’eau, qui est passé sous la barre mythique des 47 secondes, et si on vous dit qu’elle est mythique c’est qu’elle l’est. Pourquoi, je l’ignore, examinons ce premier point.

Une Pythie a eu pitié et nous a livré l’explication grâce à la numérologie, qui nous dit que 4 + 7 = 11, chiffre mythique car composé de deux "un". Or les huns en rang par deux ont envahi la France en arrivant par Troyes au temps d’Attila, là où son cheval passait et où l’herbe ne repoussait plus. Si pour deux huns il faut deux Attila je n’en ai qu’un, et l’autre… ah, tu l’as ? Je pose deux huns et je ne retiens rien, ce qui donne le nombre d’Or comme la place qui est derrière la piscine. Et si avec un hun l’herbe ne repousse plus, avec deux huns c’est la guerre de Troie !

Là on y est, c’est mythique et c’est bon. Quarante sept secondes de bonheur.

Frédérick Bousquet, l’autre vedette qui a propulsé également la piscine dans le cœur de l’histoire a écrit une nouvelle page apprend-on. Pas une page de l’histoire de la piscine qui y est entrée (dans l’histoire), mais de la natation mondiale. Tout le monde est mondial à la piscine.

Donc Bousquet est flashé à 20"94 lors de la finale nous dit-on. On ne sait pas, par contre, combien il a perdu de points sur son permis de nager.

Plus haut dans la page on apprend que la piscine a fait le plein en cinq jours de compétition. Encore un record, c’est manifestement une très grande piscine s’il a fallu si longtemps pour la remplir. Je n’aurais pas aimé nager le premier jour, tout au fond, contre le revêtement de mosaïque, et d’ailleurs personne n’a gagné le premier jour sinon, paraît-il, le camion des dons du sang qui attendait devant la porte.

Il y avait une autre compétition, non historique celle là que nous montre le magazine d’information. C’est la course aux billets. Personne n’a été flashé dans la course aux billets et n’a perdu de points dans son permis d’entrer. On ne connaît que l’ordre d’arrivée où le premier a été le billet numéro 1, suivi du billet numéro 2, etc jusqu’au dernier billet qui est arrivé, lui, bon dernier. Une expression qui ne laisse pas de m’étonner car lorsque l’on est dernier, en général c’est que justement on n’est pas bon.

Enfin on voit, cerise sur le gars tôt, une photo de Yves Jarousse, publiquement félicité pour l’organisation. Yves Jarousse s’entraînait récemment à la Londonian Churchill’s Amical Sportiv, dont la devise était "No sport".

Le scoop du rien

Nos reporters, fins limiers, n’en restèrent pas là et ont retourné l’info en tous sens. La piscine est entrée dans l’histoire, d’accord. Mais si on regarde bien les légendes, c’est le plot numéro 4 de la piscine du même nom qui est entré dans l’histoire.

Sauf que le plot numéro 4 a une histoire lui aussi. Pour entrer dans la Grande Histoire il a d’abord vécu sa petite histoire. Ce plot numéro 4, d’où vient-il ?

Lancés tels une meute haletante de loups de la steppe sur la piste du caribou sibérien un jour de disette nos grands reporters n’ont pas lésiné sur les moyens et les efforts pour en avoir le cœur net. Et le plot numéro 4, le fameux, le mythique, celui qui a fait entrer la piscine agglomérative dans l’Histoire a enfin livré son secret.

Histoire de plot.

Ce plot, nous le savons de Marcel notre collaborateur, a été patiemment et soigneusement construit par Mohamed Ali Ben Mohamed, maçon municipal de la mairie d’ici, non pas dans les Yvelines mais dans des circonstances très particulières.

D’abord ce brave maçon diplômé de l’école de maçonnerie d’Issy (les Moulineaux) n’a pas échoué là par hasard. Il avait un bac + 5 mais n’a pas trouvé d’emploi, jusqu’au jour où dans ce monde cruel on lui a présenté une truelle, avec mission de s’en servir. Très vite Mohamed a su s’imposer dans le dédale des truelles par son souci du détail et son perfectionnisme dans l’assemblage des parpaings. Et par une belle journée de printemps il a été désigné pour construire le plot numéro 4. Sauf que – et c’est là où l’implacable Destin joue habilement ses tours – Mohamed Ali Ben Mohamed devait construire le plot numéro 5.

Que se passa-t-il ? On l’ignore en partie, mais hasard ou nécessité, en rentrant chez lui où sa femme Lizza lui avait préparé une pizza il se laissa aller, l’espace d’un apéritif un peu arrosé. Les tomates étaient trop belles ! Trop mûres, trop éclatantes de beauté. Rentré à la piscine, par un manque de pot il se trompa de plot et construisit le numéro 4.

Certes, on aurait dû tout refaire, raser le plot, déploter le 4 et reploter le 5. Mais le chantier avait déjà trois mois de retard, les compétitions ne pouvaient attendre, et Mohamed Ali travaillait si bien !

C’est à lui aujourd’hui de récolter toute la fortune du plot. L’histoire s’arrête là car entré dans l’histoire par le petit plot, Mohamed aurait pu passer une retraite heureuse parmi les siens et Lizza (de Sienne), regardant s’élancer joyeusement les athlètes aux muscles ventrus vers leurs destinées d’hommes les plus rapides de la planète. Mais Mohamed le roi du plot partit pour Rhodes où l’attendait un travail colossal.

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Les tomates de l’histoire

Nos reporters, durs à la tâche et âpres à l’enquête ont retrouvé ce témoignage émouvant : les tomates de la pizza qu’avait amoureusement confectionné Lizza. Voici, dans le Rien, les tomates qui ont fait entrer notre piscine dans l’histoire.