Vous avez, en personne avisée, mis votre argent au travail. Fort bien. Mais depuis quelques mois il se passe quelque chose d’étrange : on dirait que l’argent est devenu un peu flemmard, il ne travaille plus. Ce n’est pourtant pas dans la ligne des conseils présidentiels, qui réclame le droit pour tous de travailler plus pour gagner plus…

Au lieu de 35 ils faisaient 120 heures

De l’argent, vous en avez. Un peu. Et plutôt qu’il dorme bêtement dans une cassette et se déprécie au cours du temps vous l’avez mis au travail. A l’écureuil, ils l’ont aussitôt embauché, sans hésiter. Et depuis, du lundi au vendredi, pendant que vous mangez, que vous dormez, que vous regardez la télé ou que vous faites l’amour, et même pendant que vous travaillez, quasiment 24h/24, votre argent n’arrête pas de faire des petits. Il s’amplifie, grossit et grandit en âge et en sagesse et attend l’occasion d’une nouvelle maison, ou pourquoi pas, plus tard, quand vous vous arrêterez, d’ajouter du confort à votre retraite.

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Au boulot, l’argent !
Une incitation à la débauche… non suivie d’effet !

Las, depuis quelques mois ça ne marche plus. C’est la crise, le trou, la déconfiture, la cata annoncée. L’argent aurait-il pris des vacances ? Au lieu de faire des petits, maintenant il se serait mis à faire des trous, comme un enfant sur la plage de Palavas-les-flots ? On peut se poser la question…

L’enfer des travaux forcés

Il faut dire qu’à ce rythme de galérien auquel on soumettait notre argent on peut le comprendre. Pas de week-ends, pas de vacances, pas de congé de paternité ni même de sécurité sociale (où il y a un trou). S’il est malade, aujourd’hui, notre pauvre argent n’a pas les moyens de se soigner. Voilà où le bât blesse.

- Alors, monsieur l’Euro, ça ne va pas très fort, on dirait ?
- M’en parlez pas ! Vous avez vu nos conditions de travail ? Le yoyo à la bourse, le blanchiment forcé, les dessous de table, les placements pourris… Vous croyez que c’est une vie de travailler pendant que nos patrons se la coulent douce et peaufinent leurs parachutes ?
- Mais enfin, vous mettez en péril l’économie ! Vous ne travaillez plus ?
- Non, on a été virés !
- Virés ? Comment ça ?
- Ben oui, on a fait grève. On a fondé un syndicat avec les dollars, les yuans, les pesos, les livres. Puis on a été voir les financiers : "Si vous n’améliorez pas nos conditions de travail, les 35 heures, la cantine, la pause café et les congés payés on se met en grève. Voilà le préavis."
- Et alors ?
- Alors on nous a répondu : "Voilà votre préavis… de licenciement". Puisque vous faites grève on vous met à la porte. On va vous remplacer les bonnes volontés ne manquent pas. On va trouver des francs, des lires, des marks… ou même des roupies, des roubles… On va délocaliser… Bref, tout l’argent a été viré !
- Où ça ?
- En Suisse, à Monaco, au Liechtenstein… dans tous les paradis fiscaux ! Il ne reste plus un Kopeck !
- Et alors ?
- Alors ? Tout s’est cassé la gueule. On est allés tous pointer au chômage. Et avec l’ANPE, on ne touche plus beaucoup.
- Même là ?
- Eh oui, à l’ANPE il nous ont dit de reprendre un emploi sinon on perdait nos indemnités… Seulement les seuls qui sont embauchés c’est les anciens francs, les écus, les roupies de sansonnet… Il y a même des boutons de culottes. Plus de place pour le vrai bon argent, le pro, qui connaît son boulot. Donc l’ANPE nous a virés aussi. De toutes façons, ils n’avaient que des boutons de culotte usagés…
- Et qu’allez-vous faire ?
- On va tenter de se redorer la pilule… Combien de temps ça va prendre, on n’en sait rien, mais bon.