L’accroissement exponentiel des échanges entre les peuples nous oblige à anticiper les évolutions et l’enrichissement du langage conjoints à la transformation des langues. Depuis un siècle, des milliers de mots nouveaux sont apparus en français [1], suivant en cela la loi de l’évolution du langage qui vérifie le théorème de Glutzenbaum (1902 - 1908) : "Plus il y a de mots dans une langue, et plus c’est compliqué".

Dans cette perspective, la langue française se doit de se projeter en perspectives concrètes et pertinentes afin de ne pas se laisser damer le pion (Queening the pion, en anglais) par sa cousine d’outre-manche, la langue anglaise, au cours du siècle prochain. Nous présentons ici une synthèse des recherches les plus récentes qui ont été menées en ce sens, extrêmement riches en enseignements, et qui tracent furieusement la perspective d’une future réforme.

La base de cette étude revient au corpus de la Mission Interministérielle Québecquoise en Margeride de 1922 : Le Gévaudan pas bête, ou le parler Aubrac des bergers du lac de Charpal qui a permis de jeter, comme un tablier de pont s’élançant vers le vide du futur, les nouvelles bases de la recherche linguistique avancée. Les longues randonnées de congressistes sur la lande, alors que, chaussés de Niques [2], ils arpentaient le plateau des mille vaches molles en chiquant de l’aligot, ont en quelque sorte "Euploddé" les futures recherches sémantiques de l’Institut des parlers autochtones de l’Université de Condom.

Un peu d’histoire

Pour l’anecdote, on sait que le petit-fils d’Abraham Lincoln [3], étudiant en droites à l’école primaire d’Ottawa, avait été emmené par sa maman universitaire pour le faire profiter du grand air et lui faire découvrir les vaches autrement que sous la forme de tube de lait concentré sucré. C’est lui qui, naïvement, posa la question clé par un jour de grisaille.
- Quel drôle de temps, maman ! On dirait qu’il tombe des gouttes d’eau, mais elles rebondissent par terre au lieu de couler.
- C’est de la grêle, mon fils, lui expliqua gentiment sa maman. Ce n’est pas de l’eau qui tombe, ou plutôt si, c’est de l’eau, mais elle est gelée, ce sont de petits glaçons. On dit qu’il grèle, et ce que tu vois rouler par terre ce sont des grêlons. Il tombe de la grêle.

L’enfant, très éveillé pour son âge (il avait l’habitude de se coucher tôt et dormait peu), ne manqua pas au bout de quelques minutes de réflexion intense de faire, devant la docte assemblée, quelques remarques pleines de bon sens.
- Mais alors, maman, si on dit qu’il grêle lorsqu’il tombe de la grêle, ou des grêlons, alors lorsqu’il tombe de la neige, lorsqu’il neige, ce sont donc des neigeons ?
- Un instant décontenancée, le professeur répartit :
- Non, mon fils. Tu as beaucoup de bon sens et tu devrais avoir raison. Mais lorsqu’il neige, si l’on dit bien qu’il tombe de la neige, par contre ce sont des flocons.
- Ah ? Quelle étrangeté !

Un instant plus tard, l’enfant poursuivit sa réflexion.

- Dis donc, maman, s’il tombe du ciel des flocons, on pourrait dire qu’il floque, ou qu’il tombe de la floque !
- On pourrait le dire, mon fils.
- De même lorsqu’il pleut, il tombe de la pleue, ce pourrait être des pleuons.
- Oui mon fils, dit la professeuse (qui trouvait son rejeton décidément plein de bon sens et d’intelligence malgré son bec de lièvre prononcé).

Les promesses de la SEC.

Ainsi furent élaborées, dans le plus grand secret [4], les concepts de la Sémantique Evolutionniste Compensatoire (ou SEC) [5]. Sur cette riche base de réflexion ont été ainsi déclinées des avancées sémantiques conceptuelles de premier plan, capables à la fois de faire progresser notre compréhension des mécanismes de communication verbale et de jeter les bases d’une évolution vocabulairienne et phraséologique avancée.

En s’appuyant solidement sur le socle puissant du postulat "Il grêle" "Il tombe de la grêle... des grêlons", on peut effectuer sans coup férir un glissement sémantique nominal (GSN) extrêmement riche, puissant et élaboré.

D’ores et déjà, on peut remarquer qu’en dehors de la grêle, certains contenus sémantiques préexistants sont quasiment complets. Quelques simples constatations vont appuyer notre propos. Ainsi, dès lors que "Il glace", "Il tombe de la glace... des glaçons" tombe sous le sens, on voit que "Il croûte", "Il tombe de la croûte... des croûtons" est tout-à-fait valide. Il est alors facile d’extrapoler vers "Il poisse", "Il tombe de la poisse... des poissons" (qui caractérise bien l’aspect collant des daurades et autres morues communes de l’atlantique).

Ce concept peut être étendu à d’autres domaines. "Il garce", "Il tombe de la garce... des garçons" est aussi parfaitement significatif et donne un relief singulier au mot "Garce" qui désignerait plutôt les filles alors que c’est le contraire (ou inversement NDLR). On constate ainsi aisément que l’unité signifiante structurelle sous-tend la construction exprimante de l’exposé primal comme l’a démontré Ernest-Antoine Glloq.

Une perspective constructiviste

Lors des études de physique fondamentale que mena par la suite à Saclay (dès qu’il eut retrouvé sa clé), le jeune Henry Lewinsky Jr, il s’efforça d’appliquer l’essence de ces mécanismes conceptuels à l’objet de ses recherches. Ainsi, les électrons qu’il côtoyait pour ainsi dire au quotidien l’amenèrent dans un premier temps à formuler "Il électre". Décliné immédiatement en "Il tombe de l’électre", "...des électrons". Eclairé par cette découverte, et par une extension fulgurante du raisonnement, il en arriva à : "Il neutre", "Il tombe de la neutre", "...des neutrons" et se senti dès lors autorisé à l’audacieuse formulation : "Il nuclée, il tombe de la nucle... des nucléons". Et enfin, dans une définitive avancée : "Il prote, il tombe de la prote...des protons".

Ce chercheur à l’étoffe de véritable chercheur se retrouva ainsi à Genève, au Cern (où son enthousiasme pouvait aisément se lire dans ses yeux cernés). En véritable allumé du Synchrotron il partagea ses découvertes bouillonnantes avec des équipes internationales et sa renommée s’étendit. Pour l’anecdote encore, il n’est pas rare aujourd’hui d’entendre de jeunes chercheurs bavardant ingénument sur la grève du Léman, truffant leur conversation des syntagmes lumineux de H. Lewinsky : "Alors, comment ça va, au Cern ?" "Ah, formidable ! Ces jours-ci ça prote remarquablement." "Très bien ! ...et ça nuclée un peu tout de même ?" "Tu parles ! Ça nuclée aussi puissamment… surtout depuis l’installation de thermo-vibulateur magnétique à distortion de phrase..."

C’est sur les rives enchanteresses du grand lac (ça l’est), que notre ami rencontra le célèbre éthologue Konrad Lorenz, occupé à imprégner psychologiquement des canetons en nageant en leur compagnie. Bien évidemment ce grand savant sut tirer un parti immédiat des découvertes H-Lewinskyennes. Ainsi il forgea lui-même l’expression "Il canette, il tombe des canettes... des canetons" ou "Il Fauque, il tombe de la Fauque... des Faucons" et enfin "Il oise, il tombe de la oise... des oisons".

De la fréquentation de nombre de ses semblables il déduisit par la suite plusieurs aphorismes, aujourd’hui tombés dans le langage courant. Ainsi "Il Sacrèque, il tombe de la Sacrèque... des Sacrécons", "Il Salque, il tombe de la Salque... des Salcons", "Il Groque... des Grocons", "Il Foutuque... des Foutucons".

Approche syntaxo-lexicale VS évasion lexico-syntaxique

Allons plus loin. L’expression générique "Il grêle, il tombe de la grêle, des grêlons" est en fait une entité sémiologique gravide de sens. Elle peut en effet dans une première approche être analysée dans un parcours inductif : "Il grêle", générant, par chute verticale du signifiant vers le sol, "Il tombe de la grêle", ceci amenant directement sur celui-ci au contact sémantique direct des "grêlons".

C’est Roland Barthes qui poursuivit l’analyse dans une sorte de rétro-sens, le parcours exductif (in "Le degré zéro de l’écriture" Paris, 1953). Car en retournant en quelque sorte le raisonnement comme une poche, partant cette fois du sol et des grêlons présents après l’averse, on peut en déduire qu’il est tombé de la grêle, et donc qu’il "a grêlé".

Arrêtons-nous un instant sur le seuil de cette étonnante découverte. Quelle fantastique simplification dans l’expression ! Attachons-nous à imaginer le parler de demain : Pour peu qu’on se vête de pantalons ce sera "Il pantale...". Vos yeux se mettront à pleurer si "Il oigne" tandis que vous préparez une soupe paysanne aux oignons, et après la pluie vous courrez dans les sous-bois voir si enfin "Il champigne" cette année. Vos amis se débarrassant de leurs bagages griffés en vous rejoignant à votre maison de campagne et ce sera "Il Vuitte"… Les raccourcis sont saisissants et l’économie d’expression remarquable.

Mais on peut encore aller plus loin en s’aidant du syntagme pour faire progresser la science comme en eut l’intuition notre physicien. "Si l’on est toujours à la recherche vaine des gravitons" exposa ce jeune génie à un parterre de cerveaux, "on peut maintenant imaginer que là où il y a gravitons il y a donc forcément de la gravite. On serait peut-être bienvenu de chercher des gravites plutôt que des gravitons." Une nouvelle voie de la recherche (encore inexplorée NDLR) venait de se faire jour.

En conclusion

Cette réflexion devra désormais être étendue à de nombreux domaines de l’exploration trans-informationnelle et enrichira de manière notable notre vocabulaire en même temps qu’elle permettra d’explorer de nouveaux concepts.

Le progrès n’est pas vain, gageons que la recherche sémantique va désormais avancer à pas de géant !

© Institut des parlers autochtones - Université de Condom (Gers) - Sémantique Evolutionniste Compensatoire : Saut 6 Organisationnel Nominal (Voir ci-dessous la note [5])

PS : Quelqu’un a-t-il de l’aspirine SVP ?

[1] Citons par exemple Douquipudonctant introduit par Raymond Queneau, le "Boson de Higgs" par un certain W. H. Higgs, ou encore Beur breton qui désigne des employés d’origine berbère travaillant du côté de Pont Aven, etc.

[2] Les Niques étaient des sabots souples en peau de vache Aubracquoise de tradition paysanne dont le secret de fabrication se transmettait à chaque génération de père en fils, puis de père en fille, puis de mère en fille, et enfin de mère en fils (pour brouiller les pistes).

Parfaitement adaptés à la marche contre le vent sur les hauts-plateaux, ces sabots profitèrent d’une véritable avancée technologique lors de la traque de la bête du Gévaudan grâce à l’invention des lacets lors des expéditions sur les chemins tortueux de la région. Plus tard c’était à la semelle qu’on pensait (à base de bouse de vache), inventée par un certain Lozérix, qui donna aux Niques leur parfaite ergonomie. Lors de la légalisation des brevets le procédé fut ignominieusement déposé outre atlantique par un Comanche qui avait monté une usine de mocassins (Dont on suppute le nom évocateur de "Comanche-savates" ?), sur le Potomac et qui transforma le nom Nique en Nike pour faire couleur locale.

[3] De son vrai nom Henry Lewinsky, ce petit génie de la sémantique ne s’appelait pas plus Lincoln que Chrysler, Studebaker, Cadillac ou Jeep. Il avait tout simplement pris le nom de sa mère, Monika Lewinsky Jr. On sait cependant que c’est sa grand-mère, Monika Lewinsky Sr, employée à la Maison Blanche sous le bureau ovale, qui avait très intimement connu le président.

[4] Secret bien gardé, parce qu’en fait personne ne fut au courant par suite d’une panne de secteur.

[5] Ces recherches furent par la suite complétées par des avancées spectaculaires, véritables sauts de connaissance qu’on répertoria bientôt sous l’appellation "Saut" suivi d’un numéro d’ordre. Le plus remarquable, le Saut 6 ou plus exactement le Saut 6 Organisationnel Nominal (en abrégé Saut 6 ON) donna son nom définitif à cette branche de la recherche sémantique : le Saut 6 ON SEC.