Le nombre de noyades dans les piscines privées est un problème extrêmement sérieux. Pas un été où ne se produise un accident. Quelquefois c’est bénin, une glissade sur un ballon de plage envoie le sein d’une maman dans la salade de tomate, une photo de week-end un peu trop au bord fait plouffer le grand-père dans l’eau turquoise. Mais hélas, la tragédie frappe parfois, cruelle.

C’est alors la noyade… Et pourtant…

Les normes de sécurité n’ont pas mis fin aux accidents.

Chaque année a vu son lot de catastrophes dans les piscines de nos concitoyens. Les petits bobos se réparent toujours, mais les imprudences coûtent cher. Et les victimes ne sont pas seulement les maîtresses assassinées par une femme jalouse et dont le corps flotte sur l’eau dans une petite fumée rose ou les mafieux mauvais payeurs de came dans un sac de jute lestés de plomb, mais bien souvent d’innocents enfants qui ne savent pas nager, et, s’approchant trop près, chutent. Si personne n’est proche, c’est l’accident.

Au Ministère de la Sécurité des Familles un Enarque a pourtant pris le problème à la racine. Si les enfants tombent en l’absence des parents, il suffit soit d’empêcher l’accès à l’eau, soit de prévenir quelqu’un lorsque la chute se produit. Le problème ainsi posé, la solution apparaît aussitôt grâce aux technocrates qui hantent nos administrations.

Barrières et protections.

Couvrir entièrement la piscine avec une plaque de béton était la première idée. Trop chère, et problématique pour les piscines à plongeoir elle fut vite abandonnée. Remplacer l’eau par des cacahuètes de polystyrène montra après quelques tests que des bébés ignorants prenant les cacahuètes pour des réglisses blancs pouvaient s’étouffer ou mourir d’une occlusion intestinale.

On pensa alors aux barrières avec fouille au corps (comme dans les aéroports). Mais si les portiques détectent bien le métal (ce qui ne sert strictement à rien dans le cas présent) ils sont par contre incapables de savoir si l’individu sait nager. Et la fouille au corps en maillot de bains (qui ne sert à rien également sinon à se faire des papouilles) donna lieu lors des tests au ministère à d’obscures déviances sexuelles.

Finalement on opta pour de simples barrières de 1m50 de haut, qui si elles s’avéraient efficaces, pourraient ensuite être étendues dans un second temps à tous les bords de rivière, aux lacs et étangs et au côtes françaises. Le financement de ce dernier cas n’est pas encore au point puisque les piscines étant privées l’équipement est à la charge des propriétaires, tandis que les rivières et étangs appartiennent à l’Etat et la crise financière repousse cette onéreuse solution vraisemblablement jusqu’en 2184.

Les alarmes, la solution la plus pratique

Cependant, on s’aperçut que certains français n’aiment pas les barrières. Tels les anciens prisonniers, les agents de la circulation ou les gardes de chemin de fer ayant perdu leur emploi aux passages à niveau. Il fallut pour ces cas particuliers trouver autre chose, et ce furent ces petites alarmes flottantes qui se déclenchent dès que quelqu’un tombe à l’eau. Evidemment, lorsqu’on plonge il faut penser à couper l’alarme auparavant. De même si le chien aime se baigner il faut neutraliser l’engin, et en cas de vent et de vaguelettes souvent le déclenchement est intempestif. Les alarmes n’ont donc pas eu le résultat escompté. Pire, il semblerait bien que des enfants se soient mis à s’amuser à déclencher le dispositif, pour faire venir papa quand on a la flemme d’aller chercher sa bouée ou tout simplement pour lui faire peur quand il nous a grondé pour un zéro en maths.

Hélas, après quelques années de test il semble que ces systèmes sécuritaires aient un petit problème pour remplir pleinement leur fonction. Plusieurs accidents de barrières ont eu lieu lorsque des adolescents prenaient leur élan depuis le fond du jardin pour plonger, avec plaies, éventrements, bosses diverses et chutes graves. Quant aux alarmes, leur bilan est nul. Si elles ont évité trois noyades l’an dernier elles en ont provoqué trois autres : quelqu’un a noyé son voisin à son retour de vacances car l’alarme, déréglée, sonnait depuis dix jours sans discontinuer. Un autre a assommé son enfant qui jouait chaque matin avec l’engin pendant une heure avant de partir à l’école. Et un chien énervé par le son trop aigü a mordu gravement un secouriste alerté par le bruit.

Au Ministère de la Sécurité des Familles on songe à demander aux pisciniers de ne vendre plus désormais que des piscines remplies de plastique bleu, où ne pourra plus se baigner mais sur lesquelles on pourra marcher sans crainte de se mouiller, comme le Christ, et ainsi peut-être s’élever gentiment vers le ciel en cas de mort violente. On a suggéré également de peindre au sol l’image de la piscine, car beaucoup de gens s’allongent pour prendre des bains de soleil et ne se baignent pratiquement jamais.

De nombreux projets restent à l’étude.

La sécurité à 100% est donc en bonne voie…