"Tout a bon gouth dans le mammouth"

Cette devise était bien connue à la fin du pléistocène, où l’on se rassemblait entre tribus pour fêter joyeusement la capture de l’un de ces énormes pachydermes. Car avec le mammouth on avait alors de la nourriture pour tout l’hiver, de la laine pour les yourthes, et même du lait pour les yaourths en cas de capture d’une femelle. Le mammouth était vénéré et pour Oumhr et ses concitoyens c’était l’égal d’un dieu.

Une grande fête de l’automne

Ainsi dès le mois de septembre la tribu de Oumhr se mobilisait pour la chasse au mammouth. Avant les grands froids de l’hiver sibérien (-30° à l’ombre) il fallait absolument capturer un ou deux de ces pachydermes pour survivre jusqu’au printemps. Tout était utilisé dans le mammouth, depuis la fourrure servant à fabriquer les logements (appelés yourthes) ou les coiffures de poils tressés (les moumouthes) jusqu’aux plus petits os parfumant délicieusement le pâté en crouthe. On en faisait du saucisson de lion, des côtes de port qu’emportaient les marins, du jambon de Bayonn’ petite bourgade au bord du lac Baïkal, des tripes à la mode de camp… bref un mammouth servait à tout.

Grâce à l’invention de la mythologie on savait depuis peu s’attirer les bonnes grâces du Mammouth Vénérable, dont un fantôme nimbé d’une auréole lumineuse s’était présenté à la sœur de Oumhr, au fond de la grotte à Lourthes.

Depuis cet événement tout bon néanderthalien se devait d’avoir sur son autel un œuf de requin (qui était sphérique et translucide), avec le petit Mammouth Vénérable à l’intérieur, et quand on agitait l’œuf il y avait de la neige qui retombait sur la statuette.

On lui faisait des offrandes, au Vénérable, car il présidait aux destinées et de son bon vouloir dépendait la paix sur terre et d’abord la bonne chasse au Mammouth. Quand il était de bonne humeur le Vénérable permettait en effet qu’on capture un de ses sujets pour profiter de ses bienfaits avant l’arrivée de l’hiver.

La Grande Catastrophe

Autant dire que ce qui arriva cet automne là fut la première des grandes catastrophes de l’humanité : aucun mammouth à se mettre sous l’Adam !

Depuis le début septembre, pourtant, Oumhr et les siens avaient battu la campagne sibérienne en tous sens, construisant de grandes fosses couvertes de branchages pour capturer les mammouths, préparant des pièges sophistiqués, traquant l’animal dans toutes les vallées habituelles où d’ordinaire paissaient les animaux divins. Mais cette année, il n’y en avait plus trace, les mammouths avaient disparu !

Bien entendu on consulta aussitôt les sorciers qui donnèrent la conduite à suivre : si les mammouths avaient disparu c’étaient que le Vénérable était en colère contre les humains. Ils avaient trop chassé, trop mangé, trop bu, trop profité de la vie sibérienne et couru le guilledou sous la yourthe de poils. Le Vénérable était mécontent. Il fallait donc l’amadouer en lui faisant des offrandes, sacrifier quelques humains au besoin, faire des génuflexions et réciter des paroles sacrées.

Oumhr et les siens se plièrent aux recommandations des sorciers. Sans résultat.

L’hiver approchait, la température descendait et pas un mammouth à l’horizon. Si encore il y avait eu un réchauffement climatique ! Mais non, on était toujours sous les -13° en octobre…

Le Groupement Intertribal d’Eradication des Catastrophes

On décida donc de se réunir entre néanderthaliens, hommes de Cro Magnon, homo sapiens et homo habilis pour créer une commission d’étude spéciale qui trouverait ce qui n’allait pas. Certainement les humains avaient fait quelque chose de mal, pollué la Terre ou inventé un maléfice qui avait rendu les mammouths transparents, les avait fait fuir sous terre ou dans un autre continent, ou même les avait peut-être exterminés. C’est ainsi que fut créé le premier GIEC , il y a plus de 40 000 ans. Les homo sapiens dans leur langue différente l’avaient appelé Institut de Purification ces Catastrophes Concomitantes ou IPCC mais c’était la même chose.

Oumhr devint le président du GIEC, et prit avec lui une bonne partie de sa famille pour faire des enquêtes. Qu’allaient-ils découvrir ?