La nécessaire synthèse des plus récentes recherches sur nos ancêtres humains a amené les savants à créer un personnage virtuel, Oumhr, dont le destin aurait été de parcourir l’évolution de notre espèce depuis les origines. Au départ mi-homme, mi-singe, Oumhr est un chasseur-cueilleur qui ramasse des baies et attrape des lapins de garenne pour se nourrir. Il utilise des silex et ne connaît pas encore le feu… Mais il va lentement progresser vers la Civilisation.

Oumhr, la bonne idée faite homme…

Et voilà déjà la première question : est-il mâle ou femelle notre ancêtre originel ? On se heurte là au même problème que l’œuf et la poule pour savoir lequel est apparu en premier : Oumhr était-il un homme ou une femme ?

Mais si dans le cas des gallinacés le doute subsiste toujours, pour les humains la réponse s’impose d’elle-même : Adam seul ne peut pas avoir de descendance, alors qu’Eve peut apparaître gravide dès le premier jour. Elle accouchera ainsi neuf mois plus tard de deux jumeaux garçons et fille qui formeront le premier couple, ou même d’un simple petit garçounet qui ignorant les préceptes de Freud et d’Oedipe sera séduit à l’âge adulte par sa jolie maman à qui il procurera ensuite une nombreuse descendance.

Bien vite cependant, malgré cette origine féminine de l’espèce, ce sera le sexe masculin qui prendra le dessus pour s’attribuer la meilleure part du gâteau, cela tout le monde le sait. Oumhr est donc un homme bien que les recherches les plus récentes s’accordent à penser que les deux sexes ont pareillement contribué aux progrès de la civilisation (on note simplement que les inventions les plus agressives et guerrières sont masculines alors que les femmes se sont plutôt consacrées à ce qui embellit la vie).

La naissance de l’agriculture

Bien vite les premières générations se rendirent compte qu’il fallait manger pour vivre. Cela tombait sous le sens car Oumhr avait toujours faim, et heureusement en se baladant dans sa vallée primitive il trouvait de jolis fruits, de la salade et des artichauts. Le premier problème qui se posa à lui fut alors de trouver de la viande car le régime végétarien ne lui suffisait pas.

Ses premières proies animales furent donc des mulots et des pigeons qui abondaient dans sa vallée si accueillante. Restait à trouver comment les rendre propres à la consommation, c’est-à-dire les tuer pour pouvoir mordre dedans sans que l’animal ne vous griffe la joue ou ne vous dévore la lèvre. Ce fut l’apparition du premier outil : la hache de pierre (Pierre ne fut un prénom qu’à partir de l’an zéro, il s’agit ici du mot désignant un caillou et non un homme).

De fil en aiguille Ouhmr se mit à imaginer de nombreux autres outils à partir des os (ceux des mulots ou des pigeons) du bois, et des différentes substances qui l’entouraient. Peu à peu naquirent ainsi le fil et l’aiguille, le vêtement Prada et le cuir véritable. Et pour avoir ensuite le temps de faire les magasins Oumhr dut inventer un moyen pratique pour ne pas aller rechercher à tout moment des baies et autres légumineuses chaque matin que Dieu fait. C’est ainsi que naquit l’agriculture, bientôt suivie par l’élevage, les boissons alcoolisées et le Coca Cola.

Il y eu une vache, il y eut un Taureau, et ce fut la première ferme.

Evidemment vu comme cela tout s’explique fort bien. Une question se pose néanmoins : pourquoi a-t-il fallu tout ce temps pour inventer le supermarché ? Quelques millions d’années, pas moins, alors qu’on les construit aujourd’hui en quelques mois sur les bords des autoroutes ? La réponse est simple : il fallait d’abord inventer puis tester toutes les recettes !

Comment se faire un bon café ?

Eh oui, aujourd’hui tout le monde le sait : se faire un bon café est à la portée du premier venu. Qu’on soit Grand mère ou simple citoyen on prend du café qu’on moud et on passe dessus de l’eau chaude. Il n’y a pas plus élémentaire, me direz-vous. Oui, sauf qu’on oublie que Oumhr ne savait rien de tout cela. Il ignorait ce qu’était le café, où on le trouvait, et surtout quelles étaient les étapes nécessaires entre le grain du caféier et la tasse en porcelaine. Car juste au moment où le serpent du paradis terrestre allait aborder avec Eve la recette du café "al dente" l’ange Gabriel lui avait tranché subitement la tête ce qui l’avait incontinent rendu muet.

Personne ne peut imaginer par la suite les affres de Oumhr, qui se transmettait de génération en génération le souvenir d’un café parfait, avec ses variantes turques, cappucino, léger, glacé, arrosé au rhum… dont il rêvait chaque matin devant son bol de lait. Ouhmr resta ainsi prostré jusqu’à huit heures (heure de son métro) pendant quelques milliers d’années, contraint de tester jour après jour les plus invraisemblables combinaisons avant d’arriver enfin à notre délicieux café au lait…