Les champignons, surtout les comestibles, ont disparu du sol et des sous-bois lozériens depuis plusieurs décennies. Pourtant, leur légende peuple encore l’imaginaire collectif, au point que des individus animés de louches intentions arment encore d’improbables expéditions vers nos Hautes-Terres pour y chiper, qui du cèpe-tête-de-nègre, qui de la gironde girolle, qui du pied-de-mouton pour accompagner la tête-de-veau, qui de la morille rieuse, qui du mousseron carrément à lamelles, j’en passe et des meilleurs (qui ne rêve pas de ronger l’orange oronge dite amanite des Césars par exemple).

Tous ces champignons sont retournés à la poussière, identique à celle qui sort d’une vesse-de-loup du Gévaudan prise entre l’enclume du sol de la mère-patrie et le marteau de la lourde semelle de la chaussure de pays. Jamais découragé par leur bredouillerie, ces invétérés chercheurs peu cérébrés entretiennent ainsi l’éclat de l’auréole qui illumine cette fantasmatique quête. Peut être serait-il bon que les autorités locales, à l’instar de celles d’Inverness (Scotland), valorisent cette emblématique absence comme les Highlander l’ont si bien fait pour Nessie, sympathique élasmosaure échappé de l’ancien temps dont on parle souvent mais qu’on ne voit jamais. Sauf à la une de feuilles de choux dont l’encre grasse recouvre un vil papier d’informations éhontées, en l’absence d’information véritablement utile à l’humanité.

Alors, hélons le haut et loin : il n’a y pas et il n’y aura plus de champignons en Lozère. Les derniers qui poussent encore leur chapeau hors du sol ne le font plus que dans les rêves des enfants. Quant aux trompettes de l’Armor, c’est en Bretagne qu’elles se trouvent. Non, décidemment, de nos jours, la meilleure omelette aux champignons se fait avec ceux d’entre les doigts de pieds.

Lozérix - Champignon noir déniché de Chine et annamite phalloïde