Cette nuit je n’ai pas ouvert l’œil et je me suis donc parfaitement reposé. Selon l’expression consacrée j’ai "Dormi comme la Loire". Mais au petit matin une interrogation s’est faite jour : je me suis étiré longuement et me suis demandé d’où venait cette expression, que l’on évoque le plus souvent sans même y réfléchir.

La Loire se coule dans son lit...

Très vite il m’a semblé que la réponse était évidente : la Loire est un fleuve, elle est donc toujours dans son lit. Ça paraît un truisme (ne devrait-on pas dire plutôt une truisme puisque la truie est une femelle ?) mais cela n’en est pas un(e). La Loire, comme tous les fleuves du monde (sauf ceux qui se livrent par trop à des débordements) se coule dans son lit soixante minutes sur soixante, vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours sur sept, douze mois sur douze, cent ans sur cent et mille ans sur mille. De là à penser qu’elle se la coule douce, se la coule cool, il n’y a qu’un pas. Car que fait-on ordinairement dans un lit ? On y dort, lorsqu’on n’y fait pas l’amour. Et la Loire peut-elle faire l’amour si dans son lit il n’y a pas de Loir ( ?). A la rigueur, la Loire pourrait, si elle est homosexuelle, faire l’amour avec la Seine, mais la Seine n’est pas dans le lit de la Loire mais dans la sienne, de couche. Qui nullement ne traverse la belle ville de Sienne, trop loin, là-bas, en Italie, mais où elle se couche également tout le temps.

Quand la Loire aimerait bien aimer au lieu de toujours dormir

Si elle fait donc - faute de couche commune - des infidélités à la Seine, la Loire peut-elle tenter l’hétérosexualité et essayer de séduire le Rhône ? Belle question ! Malheureusement le Rhône lui aussi garde le lit et ce n’est pas bon signe : en ce moment il n’est pas dans son assiette. Il a peut-être une indigestion, ou bien il a trop bu, qu’en sait-on ? Toujours est-il que question amour, il est aux abonnés absents, contrairement à son ami russe le fleuve Amour qui parade infiniment et se compare au dieu Eros.

Pauvre Loire, condamnée à dormir ! A oublier la belle prestance de son ami le Rhône... ce qui est triste mais vaut mieux pour elle car si la Seine apprenait qu’il y a idylle sous roche, elle serait bien capable de faire une scène, à son amie la Loire...

"Gare au Rhône" a prévenu la Garonne, qui elle aussi en pince pour l’Hérault, qu’elle prend pour son héros mais dont elle n’arrive pas à faire sortir le moindre aveu de sa gorge. "La Seine ne te le pardonnerait pas".

Voilà pourquoi la Loire est restée dans son lit, et ne le quitte plus. Est-ce que la vie est une vallée de larmes se demande-t-elle. Alors dans son lit elle lit, de belles histoires d’amour. Et se mettant à rêver, tranquillement, elle s’endort. Rêvant au Rhône et à son amie la Seine, elle s’endort comme un loir.