Mathieu Merle, génial capitaine, engagera une guerre cruelle et sans merci aux catholiques. S’emparant de Mende en 1579, il pillera la ville et détruira sa cathédrale. Ce ne seront pas ses seuls exploits.

Ce que dit l’Histoire

Mathieu Merle est né à Uzès en 1548. A 24 ans, il est intendant au château d’Astorg de Peyre (Gévaudan) lorsque celui ci est assassiné la nuit de la St Barthélémy. Sa veuve Marie de Crussols l’aide alors à recruter une troupe solide. Le vengeur du baron de Peyre va devenir le maître du Gévaudan et l’un des grands chefs protestants du Languedoc. Génial capitaine, il engagera une guerre cruelle et sans merci aux catholiques. Merle s’emparera de Mende dans la nuit de Noël en 1579, pillera la ville et détruira sa cathédrale. Merle ne fut pas un vulgaire aventurier. Il fit la guerre pour le parti huguenot, sous la direction de Henri de Navarre. Il la fit de manière efficace et ses cruautés s’expliquent, en partie, par les mœurs barbares de cette époque. A son départ, le Gévaudan semblait sortir d’un tremblement de terre : villes, forteresses, églises, cathédrale, tout était en ruines, plus RIEN n’était.

Ce que l’Histoire ne dit pas

Le Capitaine Mathieu Merle était un oiseau de mauvais augure. Tel un vautour des Cévennes, il est tombé toutes serres dehors sur les Lozériens qui baillaient aux corneilles. C’était le temps ou de noirs corbeaux gardaient noué sur les yeux des manants le noir bandeau de l’ignorance par l’usage du latin, langue barbare s’il en est, enfermant la population dans le culte du fils cloué du dieu d’Abraham. Déjà détournés des anciens dieux par la volaille qui fait l’opinion, nos braves gens d’alors furent pris entre les partisans des volaillers d’acajou abritant les Papes de Rome et des réformistes austères et sévères qui nichaient sous des cieux germaniques, personnages toujours aussi étrangers à la terre Gabale. La chair de poule faisait frissonner tout le Comté de Gévaudan.

Pris entre ces deux feux, les Lozériens furent les dindons de la farce, massacrés par les uns, génocidés par les autres, chacun leur volant dans les plumes avec la même fureur holocaustique. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œuf, et nos soudards ne se privèrent pas de monter sur leurs ergots. Des familles entières, des villages entiers, des villes entières, Grèzes, Marvejols, Le Malzieu, Mende, la Terre de Peyre furent pillées, les populations abattues en plein vol, sans qu’aucune oie, du Capitole ou d’ailleurs, même dotée d’un regard d’aigle, ne pût jamais prévenir l’assaut de ces fanatiques, fous de dieu comme les albatros sont fous de Bassan. Le fil des épées tranchait rendant les gorges rouges. Les premières escopettes dont certaines à trois canons dites escopettes triple-buses, délivraient leurs toussives rafales de paon paon paon, maniées par des mercenaires en uniforme pied-de-poule, mettant du plomb dans l’aile aux cervelles campagnardes. En l’absence de maréchaussée due à la désorganisation du royaume, le bon peuple déjà éprouvé par une épidémie d’œil-de-perdrix, ne pouvait compter ni sur les gens d’armes ni sur les poulets.

Il faudra bien des cigognes et bien des livraisons de bébés gabales pour repeupler nos landes meurtries comme un sorbier après le passage d’un nuage d’étourneaux, et les martin-pécheurs se sont longtemps repu des cadavres putréfiés dérivant sur les eaux des rivières. Le flottage de corps fut tel que les mouettes et les goélands des bassins de l’atlantique et de la méditerranée s’en sont gavés jusqu’à avoir le foie gras comme celui d’un canard. Non seulement le coq gaulois ne lançait plus son triomphal cocorico sur le pays des sources, mais les habitants jusque la gais comme des pinsons se faisaient désormais hacher menu jusqu’à paraître pâté d’alouette après avoir été attirés par des miroirs aux volatiles précités. Les Gabales risquaient fort de faisander.

Il faudra attendre qu’Henri le Navarrais, pourvoyeur national de poule au pot, daigne descendre de son perchoir pour mettre un terme aux exactions de son vilain petit canard, par un édit qu’il signa de son porte-plume pélican. La légende raconte que sa nourrice l’a sevré trop tôt et passé au régime tonimalt dès six mois, et que ces carences lactées ont fait de lui un faucon malté. Mais le plus grand crime de ce rapace charognard fût de naître à Uzès, en pleine terre doryphore. Non content de ne pas être d’argile, ce pigeon était voyageur.